mercredi 28 octobre 2015

Ferdinand de Calan en 1870-1871

Gilles de Calan a dressé la généalogie de la famille de Calan du 15e au 21e  siècles. Dans les archives familiales, il a découvert les notes qu’un de ses ancêtres, Ferdinand de la Lande de Calan, avait prises lors de la guerre de 1870. A l'époque, ce dernier était le chef du secrétariat du premier président de la Cour des comptes à Paris.

Le présent article reprend, en italiques, des extraits de ces notes. Les quelques compléments et précisions, en caractères droits, sont principalement destinés à situer le contexte.

La capitulation de Napoléon III

 … après les premiers revers de nos armées il me semble qu’il était de mon devoir de prendre ma modeste part à la défense de mon pays contre l’invasion étrangère…
Ferdinand de Calan fut autorisé à venir tous les matins à la caserne de la Cité pour apprendre avec quelques autres jeunes gens, l’école du soldat et l’école du peloton.
Le 2 septembre 1870, suite à la défaite de Sedan, l’acte de capitulation de l’armée française est signé au château de Belleville, près de Sedan, et Napoléon III est fait prisonnier. La nouvelle arrive à Paris le 3 septembre.
Napoléon III remettant son épée à Guillaume 1er 
(gravure américaine anonyme de 1871) im. Wikipedia

Le 4 septembre, les Parisiens manifestèrent leur désaccord sur cette reddition. L’appartement de garçon que j’occupais au numéro 17 du quai d’Orsay ouvrait, par une porte-fenêtre, sur une terrasse… Un véritable flot populaire commença à couler dans la direction du Corps législatif. Au bout d’une heure environ, le flot reflua en sens inverse. La foule criait : Vive la République ! A l’Hôtel de Ville ! … 
Tous ces gens manifestaient une joie délirante, comme si nous venions de remporter une grande victoire.
Avec un ami, Ferdinand de Calan se dirigea vers l’Hôtel de Ville. … sur la place et dans les rues environnantes une foule compacte acclamait les noms de ses candidats pour le nouveau gouvernement, principalement celui de Rochefort … conduit triomphalement à l’Hôtel de Ville, il fut, à son arrivée, l’objet d’une ovation improvisée.

Le siège de Paris

Gambetta lut à la foule la proclamation de la IIIe République et la destitution de Napoléon III, un gouvernement fut nommé par acclamation. … Les manifestants quittèrent peu à peu la place de l’Hôtel de Ville. La révolution était terminée sans avoir rencontré aucune résistance.
L’acte de capitulation ne fut pas reconnu par la nouvelle République et les Prussiens se dirigèrent vers Paris ; le siège de la capitale débuta le 18 septembre.
Le 17e bataillon de la compagnie des carabiniers, dont faisait partie Ferdinand de Calan, fut chargé d’occuper le bastion n°72 situé à la porte de Versailles  … tout l’après-midi fut occupé par une reconnaissance dans les villages d’Issy et de Clamart… afin de voir comment se faisait le service des sentinelles… 
Les gardes nationaux, nullement habitués à ce métier, n’observaient aucune des instructions qui leur avaient été données. Les uns criaient le mot d’ordre de toutes leurs forces dès qu’ils apercevaient la ronde… plusieurs étaient endormis, d’autres ivres. L’officier qui dirigeait la patrouille se demandait avec inquiétude ce que feraient de pareilles troupes en présence de l’ennemi...
Le 8 octobre, une affiche fut placardée dans Paris, invitant les citoyens à protester place de l’Hôtel de Ville. Des bataillons, dont le 17e, furent convoqués pour aller délivrer le gouvernement, prisonnier des insurgés.

Dans un café parisien, discussions de la guerre franco-allemande de 1870
après le désastre de Sedan et avant le siège de Paris (im. Wikipedia)

Une partie de ces bataillons entra dans l’Hôtel de Ville … sous la voûte et sur le grand escalier conduisant au 1er étage, se tenaient des hommes dont les képis portaient soit un bonnet phrygien soit 2 lettres V.T… (volontaires Tibaldiens : volontaires italiens dont le chef était Tibaldi), après les avoir repoussés, nous remontons au 1er étage… nous arrêtons successivement Ramier, Tibaldi et Blanqui.
En janvier 1871, pendant le jour c’était un ciel gris, avec de la neige ou du brouillard, un froid très rigoureux dont on ne pouvait se défendre, faute de combustible… Il n’y avait plus de voiture, tous les chevaux ayant été mangés… 
Depuis plusieurs mois nous étions sans nouvelles de nos familles… Nous ne correspondions plus avec la province que par ballons et pigeons voyageurs.

Les ballons montés

L’administration des postes acceptait les lettres privées… qui devaient porter la mention : par ballon monté.
Les ballons montés étaient gonflés au gaz d’éclairage inflammable (le 1er ballon-poste quitta Paris le 23 septembre 1870). Pendant le siège, 67 ballons montés transportèrent plus 2 millions de lettres et des pigeons, ceux-ci devaient assurer les réponses à ces courriers. Certains de ces ballons tombèrent aux mains de l’ennemi, d’autres atterrirent à l’étranger. 
la nourriture diminuait chaque jour… Le pain était devenu une chose abominable dont la farine était le plus souvent absente… Les rares restaurants ouverts n’en vendaient pas. Il fallait amener son pain avec soi… La carte d’un restaurant de la place de la Madeleine, où je dînais souvent, a porté, pendant plusieurs semaines, un plat nommé : Rats sautés à la Masséna en souvenir du siège de Gênes. Ce n’était pas mauvais, surtout la sauce… On vendait aussi, dans certains restaurants, sous la désignation de tête de veau ou de croquettes, de l’osséine, denrée soit-disant alimentaire, fabriquée par le chimiste Sainte-Claire Deville avec des os fondus. La viande de cheval… finit par devenir détestable, parce que ces pauvres animaux étaient à moitié morts de faim quand on les livrait à la consommation… Quand le Jardin des Plantes fut obligé de vendre ses animaux, n’ayant plus les moyens de les nourrir, j’ai été invité deux fois à manger de l’éléphant. La trompe est un morceau délicat, mais la chair de cet animal, dont les fibres sont très grosses, se mâche difficilement et a un goût désagréable.

La Commune de Paris

L’armistice fut signé le 28 janvier 1871 et durera jusqu’au 26 février de la même année, date du traité préliminaire de paix.
Le 18 mars, le gouvernement décida de retirer aux Parisiens leurs armes et leurs canons ; des émeutes eurent lieu dans Paris, le lendemain, les journaux apprenaient à la France le triomphe de l’insurrection, l’assassinat des généraux Lecomte et Clément-Thomas, le départ précipité de M. Thiers pour Versailles et la constitution de la Commune de Paris. Un des premiers actes du Comité révolutionnaire, dont Blanqui était le président, fut de condamner à mort les officiers de mon bataillon.
Cela se traduisit pour les Parisiens par un 2nd siège. Le traité de paix avec les Prussiens fut signé à Francfort le 10 mai 1871.
Le 21 mai, l’armée des Versaillais entra dans Paris. Les insurgés se défendirent et dans les jours qui suivirent ils incendièrent plusieurs immeubles et monuments dont le Palais d’Orsay. La semaine sanglante se termina le 28 mai (plus de 20 000 morts et de l’ordre de 13 000 condamnations).
La Cour des comptes s’installa à Versailles dans l’aile du Palais Royal donnant sur la rue Montpensier, qu’avaient habitée, avant la guerre, le prince Napoléon et la princesse Clotilde. Ce provisoire a duré jusqu’au 16 octobre 1912 ! 
Ferdinand de la Lande de Calan épousa  Jeanne Isabelle Aube de Bracquemont le 24 avril 1873 à Brest. En 1900, il deviendra  propriétaire du château de Kerminaouët en Trégunc.

Pierre Moutel

Remerciement à Gilles de Calan qui a autorisé la publication dans Ma Bro des extraits des notes de son ancêtre.

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