jeudi 7 mai 2015

Le cerclage des roues de charette

Jacques Sellin, Francis et Jacky Briant ont vécu le travail de la forge, le premier avec Louis Sellin, son oncle, les deux autres avec François Briant, leur père, tous deux forgerons rue de Pendruc (actuelle rue de Kerfeunteun) à Trégunc. Le cerclage des roues de charrette est un travail spectaculaire et impressionnant pour les trois enfants qu'ils sont à cette époque, dans les années 1930 à 1940.

Préparation du cerclage d'une roue de charrette

Par Jacky Briant
Le bandage métallique qui va entourer la roue en bois faite chez Jean Marzin, charron à Trégunc, mesure deux centimètres d'épaisseur environ et huit à neuf centimètres de large. Pour définir la longueur de la bande de fer nécessaire le forgeron utilise une touline (terminologie locale) ou roulette de charron.
La touline permet de mesurer des longueurs pour de pièces rondes et plates. La roulette et la roue en bois sont marquées d'un trait de craie. A partir de ces deux marques, le forgeron fait rouler la touline et compte les tours effectués pour calculer la longueur de la barre en sachant que la touline a un diamètre de vingt centimètres et une circonférence de soixante-deux centimètres et huit millimètres. Par exemple, une roue de charrette d'un mètre fait cinq tours de touline ou 314 centimètres.

La touline ou roulette de charron
Pour former le cercle du bandage en fer, le forgeron, avec un marteau de deux kilos, se trouve derrière l'enclume surmontée d'une entretoise. Les deux frappeurs sont devant lui avec chacun une masse de dix kilos.
Le forgeron donne le signal du départ en frappant deux coups sur l'enclume puis, frappant un coup sur la barre pour marquer l'endroit où les frappeurs doivent intervenir. Pour indiquer l'arrêt du martelage, le forgeron frappe deux coups sur l'enclume et ainsi de suite jusqu'à ce que la barre devienne un cercle. Après la soudure des deux extrémités, la barre est enfin  prête pour le cerclage sur la roue en bois. Ce travail nécessite deux à trois heures de temps.

L'enclume de François Briant

Opération de cerclage d'une roue de charrette

Par Jacques Sellin
Plusieurs fois par an, derrière la forge de Louis Sellin, un spectacle ne manquait pas d'attirer les enfants du quartier : c'était le cerclage des roues de charrette. A cette époque, pas de tracteurs, tous les transports agricoles étaient assurés par des charrettes. La roue en bois était construite par le charron, il s'agissait à Trégunc de Jean Marzin, de Kerfeunteun.
Le cerclage métallique était le travail du forgeron, Louis Sellin. La roue en bois était livrée par le charron qui la posait sur le moyeu, bien calée pour qu'elle soit stable et parfaitement horizontale. Le cercle métallique était d'abord posé à froid afin de vérifier la bonne dimension (juste très légèrement inférieure à la roue en bois).
Le jour du cerclage, le bandage métallique était posé sur des supports de 20 cm de haut et un feu circulaire était allumé sous la pièce.
L'opération nécessitait quatre hommes, deux forgerons, Louis Sellin et François Briant et deux charrons, Jean Marzin et François Michelet.

La forge de Louis Sellin
Lorsque le métal était chauffé à blanc, sur un ordre bref, les quatre hommes soulevaient la lourde pièce à l'aide de longues pinces et très rapidement la posaient sur la roue en bois, le cerclage était assuré par des coups de masse opérés par les équipes de deux, face à face.
Dès la mise en place, il fallait arroser le cerclage pour refroidir le métal et éteindre les flammèches.
Pendant cette opération, pas un mot n'était échangé, chacun connaissait parfaitement son rôle.

Les outils de forge de François Briant (différentes pinces, vilbrequins, compas... )

Autres précisions sur le cerclage d'une roue de charrette

Par Francis Briant
Le ferrage des grosses roues en bois des charrettes de campagne était un travail particulièrement pénible. Deux ou trois forgerons s'unissaient pour effectuer ce travail. D'abord, chaque forgeron faisait la préparation dans son atelier. Il fallait mesurer exactement la circonférence de la roue, après venait le façonnage de la pièce de fer avec une cintreuse qui l'arrondissait et le mettait exactement à la dimension de la roue, venait enfin la soudure des deux extrémités. Le cerclage des roues se faisait toujours un samedi après-midi, les ouvriers pouvaient se reposer le lendemain d'une journée exténuante. Chaque forgeron amenait les roues et les bandages en fer dans la cour de Louis Sellin, forgeron rue de Pendruc. Un grand feu de bois était allumé, les fers y étaient posés, les roues en bois, quant à elles, étaient placées à plat sur le sol.

Tableau d'Edouard Martin - Forge et café de François Briant en face,
la forge de Louis Sellin, le clocher la rue de Tachen Pontic et de Kerfeunteun

Lorsque le fer était rouge, les forgerons le saisissaient avec de longues pinces et venaient le poser délicatement sur la roue. Comme le cerclage avait augmenté de volume en chauffant, il s'emboîtait assez facilement sur le bois. Il fallait aussitôt jeter des seaux d'eau pour refroidir rapidement le fer, afin de le sertir sur le bois et éviter que ce dernier ne s'enflamme.
Après la guerre 1939-1945, les roues avec pneus ont été de plus en plus utilisées et le ferrage des roues de charrette a rapidement disparu.

En 1977, Louis Sellin présente le coq du clocher de l’église de Trégunc
aux enfants de l’école maternelle publique (classe de Mme Nicolas)






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