vendredi 10 avril 2015

La Seigneurie de Penanrun

Le toponyme Penanrun1 est bien antérieur à la création de la seigneurie du même nom ; cette dernière, fondée au XVe siècle, n’est pas la plus ancienne ni la plus importante de la paroisse de Trégunc. Malgré la disparition du moulin à vent et de son colombier, toujours visibles sur le cadastre de 1845, Penanrun reste l’ensemble seigneurial le plus complet qui nous soit parvenu. De l’ancien manoir, il ne reste que quelques éléments intégrés à la bâtisse actuelle : acrotère, fronton de la porte piétonnière et archère canonnière. Les bâtiments visibles aujourd’hui datent du XVIIe siècle ; les ouvertures régulières, les lucarnes à frontons triangulaires ou courbes et pots à feu nous le démontrent.

Note : sont en gras les noms des possesseurs de la seigneurie ou leurs conjoints qui apparaissent pour la première fois dans le texte.

Les origines de la seigneurie nous sont pour l’instant inconnues, néanmoins deux éléments nous permettent de situer la création de cette dernière au XVe siècle ; la réformation de 1426, recensement organisé par le duc de Bretagne Jean V, en vue d’imposition, nous informe qu’à Penanrun, qui n’est pas encore manoir, demeurent Guillou Jouhan et son fils Guillaume. Guillaume Jouhan a lettre d’anoblissement du duc, cette lettre étant peut-être à l’origine de la seigneurie.

Un second point nous conforte dans l’idée que cette seigneurie date du XVe : sur le bénitier en bronze faisant parti du trésor paroissial sont gravés deux écus, l’un d’eux porte trois lapins. Une seigneurie se devait d’avoir des armoiries, ces armes sont en principe celles de son fondateur, nous savons que les armes de Penanrun (famille et seigneurie), étaient “d’azur à trois lapins d'argent”2. Le bénitier en bronze porte également la date de 1499, la seigneurie existe donc à cette époque.
De récentes découvertes nous permettent de mieux connaître les possesseurs de Penanrun à partir du XVIe siècle, nous avons vu que la seigneurie de Penanrun a été créée au siècle précédent, mais nous ne savons pas par qui ; une chose est sûre, le fondateur, ou l’un de ses descendants, prit comme patronyme le nom de sa seigneurie, comme c’était l’usage à l’époque3.

En 1513, l’acte de demande de construction du moulin à marée du Minaouët4 établi par Christophe Goarlot fait apparaître Yvon de Penanrun seigneur de Penanrun, il s’agit ici du premier seigneur de Penanrun connu, pour l’instant.

La réformation de 1536 nomme Pierre Penanrun seigneur du dit lieu en Trégunc. En 1543, il rend aveu pour Penanrun à Jehan du Quelennec, baron du Pont, son suzerain. En 1548, Pierre de Penanrun est qualifié de seigneur de Penfoullic en Fouesnant, Pierre, très probablement marié à une fille le Rousseau 5.

La montre (revue militaire) de l’évêché de Cornouaille datée de l'an 1562, sous Trégunc, fait apparaître Pierre de Penanrun, il s’agit là du même personnage ou bien de son fils prénommé Pierre également.

Dans la seconde moitié du XVIe, on trouve Louis de Penanrun puis sa sœur Jeanne de Penanrun, cette dernière se retrouvera héritière de la seigneurie, son frère probablement décédé sans hoirs (sans héritiers en ligne directe). Jeanne se marie à une date inconnue à Christophe de la Rocherousse, seigneur de Penanros en Nizon. Il était cité dans la montre de 1562 de cette paroisse.

Les de la Rocherousse6 de Penanros sont issus d’une vieille famille noble originaire dudit lieu en Quessoy. La branche aînée de la Rocherousse se fond au XVe siècle dans Keymerc’h, puissante baronnie de Bannalec ; cette famille dite de Keymerc’h possède alors la seigneurie de la Rocherousse en Quessoy, mais aussi la seigneurie de Kergunus à Trégunc (entre autre). Par conséquent, Pierre de la Rocherousse, chef de la branche juveigneure (cadette), issue d’autre juveigneurie de la maison de la Rocherousse, devient donc chef de nom et armes de la Rocherousse. Pierre, décédé avant 1501, est le grand-père de Christophe.



Yves de la Rocherousse, fils aîné de Christophe et Jeanne (majeur avant 1599, décédé avant 1620) est héritier principal des successions de Jeanne de Penanrun, sa mère, et de Louis de Penanrun, son oncle. Yves se marie à Étiennette de Lainlouët, d’une famille originaire de Pleyben, ils sont qualifiés de seigneur et dame de Penanrun, Penanros et Kersalaun.

Dans ses notes, Arthur le Beux nous apprend que le 18 juillet 1607, l’écuyer Yves de la Rocherousse rend aveu de devoir à l’abbaye de Sainte Croix de Quimperlé, la sixième partie du Morvoux7
Yves de la Rocherousse fit des offrandes à la chapelle de Kerven vers 1610, cette dernière ayant été fondée environ un siècle auparavant par les seigneurs de Penanrun (Robert Sellin, dans son ouvrage Mémoires d’un Tréguncois, traite de ces offrandes). Bertrand Queinec8 écrit dans un de ses ouvrages qu’Yves se serait remarié avec Anne Alleno.

Charles de la Rocherousse, fils aîné d’Yves, devient seigneur de Penanrun et de Penanros à la mort de son père vers 1620, le frère cadet de Charles, Jan (ou Jean) est qualifié de seigneur de Coetmen, probablement Coetmin aujourd'hui, que l’on voit sur le cadastre napoléonien de 1845 avec son moulin sur le Minaouët9, Jan habitait le bourg de Lanriec.

Charles de la Rocherousse se marie à Marguerite de Tréouret (contrat du 24 juillet 1622) d’une famille originaire de Cast et dont les parents, Jean de Tréouret et Catherine le Baud (alias le Bault) étaient seigneur et dame de Lezarnou, Penfoullic et Coetconan à Fouesnant.

Charles de la Rocherousse né en 1625, fils aîné et héritier principal du noble et défunt Charles de la Rocherousse et de dame Marguerite de Tréouret, rend aveu en 1653, il est seigneur de Penanros, Penanrun, Poulhoas, Kergostiou et autres lieux ; il est marié à Marguerite du Menez d’une famille originaire du Cap Sizun. En 1656, Charles vend Penanros, rend aveu en 1681 et serait à l’origine de la construction de la chapelle Sainte-Élisabeth ; il décède le 1er novembre 1695 à Penanrun.
En 1696, un aveu du manoir de Penanrun est rendu par Charles-Joseph de la Rocherousse, aîné des enfants de Charles et Marguerite du Menez et héritier principal, il se marie en septembre 1696 à Corentine-Thérèse Aline10 à Plobannalec ; il décède en février 1701 à l'âge de 40 ans.

Bonnaventure-Augustin-Michel de la Rocherousse n’a pas quatre ans lorsque son père meurt ; né en décembre 1697, on le retrouve parrain de la cloche de Sainte-Élisabeth en 1716 (la marraine étant la dame de Kerminaouët), chapelle dont la construction a été initiée dès 1684 ; seigneur de Penanrun et Poulhoas, il décède le 1er avril 1738 et probablement sans hoirs car on retrouve en 1750 sa tante Marguerite-Thérèse de la Rocherousse rendant aveu pour Poulhoas, elle est dame de Penanrun.

Marguerite de la Rocherousse était donc la sœur de Charles-Joseph, elle apparaît comme marraine dans un acte de baptême à Elliant en 1693, elle y est qualifiée de dame de Coetmen. En 1699, elle demande compte à son fermier Yves Pennec de l’exploitation qu’il a fait de Kerlogoden, des landes, des bois coupés, etc.11 ; elle habite alors son manoir de Rosbras en Riec.

Elle est qualifiée de dame de Vincelles du fait de son mariage avec Pierre Aubert, sieur de la Férrière et de Vincelles, capitaine de vaisseau vivant à Port-Louis. En 1699, baptême de Catherine-Perrette Aubert de Vincelles, fille de Marguerite de la Rocherousse et de Pierre Aubert de Vincelles. Marguerite meurt en 1752, les Aubert de Vincelles, anoblis de fraîche date12, seront les nouveaux seigneurs de Penanrun.

Pascal Daniélou

Annotations et sources
1 On trouve Penanrun, hameau cité dans le cartulaire de l’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé en mars 1246, texte cité dans les notes d'Arthur Le Beux, (recteur de Pluguffan né et enterré à Trégunc 1872-1947) et développé dans le Ma Bro n°5.
2 Voir l’article de Louis-Pierre Lemaître dans le bulletin de la société archéologique du Finistère de 1987, p.76.
3. D’autres lieux-dits, fermes et manoirs se nomment Penanrun : sommet du tertre ; il n’en existe pas moins de 21 rien que dans le Finistère (noms de famille bretons d’origine toponymique de Francis Gourvil), d’autres familles nobles nommées de Penanrun se trouvaient également dans le secteur (paroisses d’Ergué Gabéric, Quimerc’h, Plomeur...).
4 Signalé par Georges Monot dans ses notes, cet acte se trouve aux ADLA, retrouvé par Pierre Moutel, transcription d’AUDE Dhaily, membre de la société archéologique du Morbihan.
5 La seigneurie de Penfoullic en Fouesnant appartenait depuis le XVe siècle aux Le Rousseau, en 1548 Pierre de Penanrun est qualifié seigneur de Penfoulic (v. site Château et seigneuries de Fouesnant), il s’est donc probablement marié à une fille de ce Guillaume Le Rousseau sieur de Penfoullic, en 1536. Dès 1556, cette maison appartient à Yves le Baud et sa femme, une Le Rousseau, (veuve de Pierre ? sœur de sa femme ?), puis elle passera par alliance aux de Tréouret (dont Marguerite que l’on retrouve mariée en 1622 à Charles de la Rocherousse, sieur de Penanrun).
6 Famille de la Rocherousse, branche de Penanros. Extrait des registres de la chambre établie par le Roi pour la réformation de la noblesse de la province de Bretagne, du 8 juin 1669.Transcription : Pascal Daniélou. Archives privées.
7 Histoire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé par Dom Placide Le Duc
8 Bertrand Queinec, ancien professeur et directeur du collège de Penanros à Pont-Aven, a écrit plusieurs ouvrages sur Pont-Aven.
9 Coetmen en Trégunc, le moulin était côté Lanriec.
10 Les Aline (ou Alline ?) possédaient des biens aux alentours de Pont-l’Abbé.
11 Arthur le Beux.
12 Famille d’origine bourguignonne, Hector Aubert, conseillé du Roi, anobli par la charge de secrétaire du Roi en 1659 ou 1669, serait le père de Pierre.
- Les recherches généalogiques de Pierre Moutel - l’armorial de Pol Potier de Courcy - Remerciements à M. et Mme Menthéour.



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