jeudi 19 février 2015

Cela s'est passé à Trégunc il y a plus de 500 ans


En 1512, Christophe Garlot, seigneur de Kerbren (il s’agit de Kervrenn), envisage de construire un moulin à marée à Pont Minaouët. Une autorisation des plus hautes instances du royaume de France est nécessaire, un moulin à eau situé en amont étant une propriété royale.

Le seigneur de Garlot ou Goarlot était un personnage important ; ses armes, un croissant, figurent sur le bénitier en bronze de 1499 conservé dans le trésor de l’église de Trégunc.
Une assemblée composée notamment du sénéchal de Cornouaille, du procureur de Concarneau (représentant la Reine de France Anne de Bretagne) et de Christophe Garlot examine le dossier et propose que, par grâce spéciale, le sieur de Kerbren obtienne la permission de construire, bâtir et édifier moulin et chaussée au lieu déclaré pour en jouir perpétuellement pour lui et ses successeurs de la dite maison et manoir de Kerbren. Un procès-verbal est établi en août 1512. Il est signé en octobre 1512 a bloys (probablement à Blois), notamment par la Reine Duchesse, avec scellé de cire rouge.
Toutefois, il devra être vérifié que cette construction ne nuise pas au fonctionnement du moulin à eau situé en amont et appartenant au domaine royal (probablement domaine ducal avant le mariage d’Anne avec le roi Louis XII)
Le Sénéchal ordonne une visite sur le lieu du projet. Elle a lieu le 2 octobre 1513 ; y participent : le Sénéchal, le Receveur ordinaire de la juridiction de Concarneau, Christophe Garlot, quelques nobles de la région (dont le sieur de Penanrun) et des ouvriers maçons et gens de métiers connaissant pareils ouvrages.
Ils se déplacent tous au-dessus de l’emplacement prévu pour un examen de la situation.
Après témoignages, avis et délibération, l’autorisation de construire le moulin, la chaussée et la retenue d’eau est accordée le 17 octobre 1513 à Christophe Garlot, sieur de Kerbren, par la Duchesse Anne (elle est décédée à Blois le 7 janvier 1514) et les représentants du roi Louis XII. Une seule condition est notée : la retenue d’eau devra s’arrêter en aval du moulin à eau de notre seigneur et dame d’environ vingt toises (soit de l’ordre de 40 mètres) afin qu’il n’y ait aucun empêchement à moudre.
Ce moulin à eau, dit moulin Pont Minaouët, n’existe plus mais il apparaît sur le cadastre de 1845, la retenue d’eau s’arrête effectivement à quelques mètres dudit moulin.
Toutes les pièces autorisant la construction de ce moulin à marée sont conservées aux Archives départementales de Loire-Atlantique. Ce document se présente en un rouleau de 1,70 m constitué de trois parchemins cousus bout à bout.

Extrait du parchemin de 1513

Pierre Moutel

Sources
• Archives départementales de Loire-Atlantique
Ont participé à l’étude de ce document Aude Dhailly, paléographe, et Pascal Danielou que je remercie.


Configuration des lieux selon les marées


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