mercredi 17 décembre 2014

Le manoir de Kermadoué (mise à jour)

En gras, les noms des propriétaires avérés de la seigneurie et de leurs conjoints apparaissant pour la première fois dans le texte.
Kermadoué en 2012
Kermadezoae, c'est sous ce nom qu'est cité le manoir de Kermadoué dans le dictionnaire d'Ogée, (Baptiste Ogée, ingénieur géographe français 1728-1789) il faisait partie des neuf manoirs recensés à Trégunc en l'année 1420. En 1426, Hervé Kerhermen, seigneur du dit manoir et lieu en Névez (Kermen) est aussi seigneur de Kermadozoae, son métayer à Kermadoué était Jehan Scazre1.
Hervé Kerhermen doit payer des chefrentes (rente que doivent les possesseurs de terres nobles à leur suzerain)à Hervé du Pont2, baron de Pont-l'Abbé, Kermadoué était au fief du Pont, tout comme les manoirs de Stangven, la Motte, Poulcol ou les villages de Pouldohan et Penanrun.

Revenons à Kermadoué, selon un membre de la famille de la Lande de Calan ayant travaillé sur l'histoire de sa famille au début du XXe siècle, Kermadoué serait passé dès 1427 à un certain Guillaume le Louch qui serait parent d'Yvon le Louc'h, seigneur de Kerminaouët en 1426, je n'ai rien trouvé sur cette transmission.

Un Jean Penlan apparaît dans la réformation des domaines (1678-1684) comme ayant été propriétaire de terre à une époque non précisée (mais que l'on peut situer de la fin du XVIe au milieu du XVIIe siècle) et il était qualifié de seigneur de Kermatoeze3. En 1426 Kermadoué était écrit Kermadozoae, ces deux toponymes sont trop proches pour ne pas faire le lien, mais étonnamment, il n'apparaît pas dans la réformation de 1536, alors qu'est cité Kermail, lieu ou manoir qui n'existe pas à Trégunc et appartenant à Jean Penlan, (probable père ou grand-père du Jean Penlan cité plus haut) le seigneur de Croisongar, cette copie de la réformation de 1536, datée du XVIIIe contient des erreurs de transcription.

Autre indice : dans la réformation des domaines, Jean Penlan, était aussi qualifié de seigneur de Kerhermen en Névez, nous avons vu que le seigneur de Kermadoué en 1426 était Hervé Kerhermen, seigneur du manoir de Kerhermen en Névez .

Dernier point plaidant en faveur de cette hypothèse, le manoir de Croisongar appartenait à Jean Penlan en 1536 et une centaine d'années plus tard à Jeanne de Keratry, fille de Louis de Keratry et de Jeanne de Tréanna dont il y a fort à parier qu'il s'agisse d'une autre fille à Guyomar de Tréanna4 et Marie Penlan seigneur et dame de Kerminaouët et Poulhoas. Il est donc possible que Kermadoué et Croisongar appartenaient à Charles Penlan en 1562, (date de la montre de l'évêché de Cornouaille où ils apparaissent) sa fille Marie Penlan, hérite de Kerminaouët par le décès de son oncle Yvon le Louch (avéré) et de Kermadoué à la mort de son père Charles à une date indeterminée, faisant de sa présumée fille Jeanne de Tréanna, l'héritière de Croisongar. Tout ceci se tient mais ne reste malgré tout, pour l'instant, qu'une hypothèse.

On retrouve le nom de Kermadoué dans un acte daté de 1636 où l'on retrouve Marguerite de Tréanna, dame de Kermadoué, fille présumée de Guyomar de Tréanna et Marie Penlan, qui demeure chez Salamos (Salomon ?) un métayer vivant au village du Rest entre Kermadoué et Poulcol.

La famille de Tréanna est originaire dudit lieu en Elliant et possédait des biens dans des paroisses de la région, notamment à Beuzec-Conq, Névez, Elliant, la Forêt-Fouesnant, Fouesnant, Melgven, Rosporden, Lanriec, Ergué-Gabéric, Quimperlé, Mellac, Clohars-Carnoët mais aussi Briec, Plomodiern, Saint-Nic, Dirinon, Carantec et Plouedern. On trouve des membres de cette famille dans des actes du XIVe au XVIIe , il s'agissait d'une importante famille Cornouaillaise.

Marguerite de Tréanna se marie à Yves de Kermellec, seigneur du Val en Plourin, c'est ainsi que Kermadoué est passé dans les mains des seigneurs de Kerminaouët et le restera. Nous reviendrons sur les autres possesseurs de Kerminaouët (et donc de Kermadoué) lorsque l'on traitera cette seigneurie.

Kermadoué est saisi à la révolution, la famille de Derval, propriétaire des manoirs avant les saisies, rachètent Kermadoué en 1826 à Cymphorien le Pennec, notaire à Melgven.

Les armes de la seigneurie de Kermadoué

D'argent au laurier de sinople au merle d'argent perché.


Sur le linteau de la principale cheminée du manoir, un écusson gravé est toujours visible, ce dernier a malheureusement été martelé à une époque indéterminée, cependant, la description des armes de la seigneurie nous sont parvenues grâce aux aveux de la seigneurie de Kerminaouët qui possédait Kermadoué depuis le XVIIe siècle.



D'après le cadastre de 1808 :
Le manoir se situe en haut du plan, la partie nord de celui-ci a aujourd'hui disparu. Il pouvait s'agir d'une tour contenant l'escalier.







La partie latérale ouest (en plus clair sur le plan) a été détruite il y a quelques années. On la retrouve sur les photos ci-dessous datant des années 1970.


 

Montage réalisé à partir des deux photos précédentes :


Pascal Daniélou


Sources et annotations
1. Réformation des feux de Bretagne de 1426, par Hervé Torchet
2.Hervé du Pont est à l'origine de la construction du monastère des Carmes à Pont-l'Abbé à la fin du XIVe siècle, il est tué en 1426 au siège de Saint-James de Beuvron, place forte située à la frontière Normande entre le Mont-Saint-Michel et Fougères, cette région est à cette époque en proie aux raids meurtriers des anglais. Son fils, Jehan du Pont (1422-1478) deviendra un personnage important et influent en Bretagne, la baronnie du Pont a servi les ducs de Bretagne, elle passe en 1517 dans la famille du Quelennec par le mariage de l'arrière petite-fille de Jehan du Pont, Gilette du Chastel avec Charles du Quelennec, vicomte du Faou.
3.Les aveux des seigneuries sont souvent des copies des aveux précédents avec quelques modifications si besoin (l'aveu rendu pour Kerminaouët en 1753 est une copie de celui de 1680). Seuls les patronymes changent obligatoirement sauf, évidemment ceux des gens déjà disparus lors de la rédaction des actes que l'on cite avec leur qualification, ex : sr de Kermatoeze ou leur métier et souvent précédé par "les héritiers ou causayants de ". Dans ce cas précis le toponyme Kermatoeze n'a pas évolué alors qu'il se retrouve écrit dans la même réformation des domaines Kermadouay ou Kermadoué. On peut aussi trouver une personne détentrice d'un bien alors qu'elle est décédée des années auparavant (c'est le cas de Marie de Bérée dame de Kervren dans l'aveu de François-Joseph de Derval, seigneur de Kerminaouët en 1753) mais il est probable dans ce cas qu'il ait été simplement omis l'ajout de : "les héritiers ou causayant de".
4. Il est possible qu'il s'agisse de ce Guyomar de Tréanna qui apparaît mineur dans le testament de son père, autre Guyomar seigneur de Kerguern en Dirinon décédé en 1535 (A.D.F 72J1 transcrit par Jean-Luc Deuffic, site Noblesse Bretonne) et de sa troisième femme Françoise Quiniec (ou Guiriec). Né vers 1520 au plus tôt, demi-frère puiné de Guillaume, héritier principal, sr de Kerguern. Guyomar apparaît dès 1556 et en 1561 à Quimperlé, il semble avoir aussi été marié à une De Kermorial (voir montre 1562 Querrien) mais aussi à Jeanne de Bennerven d'où les seigneuries de Quenechcongar (E.Gabéric) et Poulhoas (Trégunc) et enfin Marie Penlan. Etant puîné, il a vraisemblablement acquis ses principaux biens grâce à ses différents mariages, il a au moins deux filles : Marie et Marguerite (et aussi Jeanne?) et chacune héritera de biens. Il rend aveu pour la seigneurie de Kermeur (Nizon) en 1573 (A.DL.A 1227) et décède après 1576.

Aveux de la seigneurie de Kerminaouët, archives privées.
La réformation des domaines 1678-1684 (visible sur le site généanet)


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