samedi 6 décembre 2014

De Phine-Janny à Josette Martin

Une famille Martin de Trégunc.
Famille Sellin devant leur commerce café Chez Edouard

Jean-Marie MARTIN se marie le mercredi 1er mai 1872, trois jours après le pardon de Saint-Marc ; les baraques foraines sont toujours installées sur la place de l’église. Jean-Marie et Marie-Jeanne FURIC ont tous deux 22 ans, lui est marin, elle sans profession.  Un contrat de mariage a été établi trois jours plus tôt par Maître Prouhet, notaire à Trégunc. C’est Joseph-Marie de la Lande de Calan qui les marie.
Le couple donne naissance à Trégunc à six enfants : Marie en 1873, Jean-Marie en 1876, Marie-Françoise en 1878, Joséphine en 1881 (décédée à 6 mois), Joséphine en 1883 et Édouard en 1886.

Le bistrot de Phine-Janny


Fine-Janny et son petit fils devant son café.
En 1878, Jean-Marie, le marin, devient débitant de boissons au bourg de Trégunc et son épouse Marie-Jeanne se fait appeler Jeanny. En 1891, Jean-Marie père décède à 41 ans, Marie-Jeanne Furic (Jeanny), son épouse devient débitante de boissons, aidée par son fils Jean-Marie alors âgé de 15 ans.
Joséphine Martin porte le même prénom que sa sœur décédée à 6 mois en 1881 ; on la nommera Phine-Janny (Phine de Joséphine et Janny de sa mère). Elle prendra la suite de son frère Jean-Marie comme débitante de boissons. Le bistrot de Phine-Janny devient le comptoir favori des gosses pour l'achat de bonbons, Carambar à 5 francs (anciens), rouleaux de réglisse, chewing gum américain (en breton local chique à gomme) et de caoutchouc carré pour lance-pierre. Le bureau de tabac est prisé aussi par les chiqueurs de tabac roll. Dans sa jeune clientèle, elle savait qui chipait un peu d’argent à ses parents pour acheter des bonbons, mais ne soufflait mot, secret professionnel ! Ce bistrot était très animé en soirée et, le lundi matin, Jos Querroué y refaisait le match de Trégunc-Sport.

Phine-Janny et Jean Sellin  se marient à Trégunc en 1901. Le couple a trois enfants : Alice, Louis et Édouard. Alice et Mathieu Nerriec, son mari, remplaceront Phine-Janny au bistrot dans les années 1960. Leurs deux garçons seront également commerçants au bourg de Trégunc. Louis sera forgeron rue de Pendruc et Marie, sa femme, tiendra le bistrot au même endroit. Jean Sellin décède en 1914 à l'âge de 53 ans et Phine-Janny en 1971, à l'âge de 88 ans.
Phine-Janny chez elle devant la photo de sa mère Jeanny
 (tableau d’Édouard Martin)

Le café d’Édouard-Phine-Janny


Édouard, le second fils de Phine-Janny, surnommé Édouard-Phine-Janny, est peintre en bâtiment et également débitant de boissons. Le bistrot d’Édouard, le Café des sports, situé face à l’entrée principale de l’église, est tenu par sa femme Marie. Dans les cafés de Trégunc fréquentés par les jeunes, le juke-box et le billard électrique avec son flipper à faire tilt sont en bonne place.

Dans les années 1960, les années yéyé, on sirotait des diabolos menthe, on découvrait le twist au bal de noce de chez Gache, on écoutait à la sortie de l’école, sur le nouveau poste à transistors SLC-Salut les Copains de Daniel Filipacchi sur Europe 1, on passait les disques vinyle 45 tours sur un tourne-disques portatif à piles de la marque Philips,  on regardait Âge tendre et tête de bois d’Albert Raisner sur l'unique chaîne de télé. Les filles osaient porter la mini-jupe, Clo-Clo chantait Belles, belles, belles. Une soixantaine de Tréguncois et Tréguncoises créait leur foyer des jeunes, qui deviendra plus tard la MJC.

Une décennie d’explosion de chansons, de musique, de liberté, les prémices de Mai 1968.

Édouard Martin et Josette Martin


Édouard Martin, né en 1886, frère de Phine-Janny est le dernier enfant du couple Martin-Furic. Gendarme dans le Calvados, il se marie en 1913, à Trégunc, avec Marie-Yvonne Le Beux. Édouard a une passion, la peinture. Invité à chaque mariage de parenté à Trégunc, il offre un tableau aux jeunes mariés. Nous avons de lui de beaux tableaux représentant le bourg de Trégunc de 1906 à 1946. Édouard est la mémoire picturale de Trégunc. Il décède à Sartrouville en 1973.

Tableau d'Edouard Martin. L'église et la place
vus de la rue de Saint-Philibert
Gilbert Martin, fils d’Édouard,  est officier de police à Paris. Gilbert est très proche de sa fille Josette née en 1947 dans la maison familiale de Sartrouville. Lorsque Josette se destine à la carrière artistique, Gilbert accepte que sa fille, bien que mineure en 1964, puisse suivre son idole Claude François. En 1963, Josette Martin a seize ans et commence à s’émanciper. Fascinée par la nouvelle mode yéyé, elle se focalise sur Claude François.

Après des traques interminables au pied de son domicile, 46 bd Exelmans à Paris, elle réussit à s’introduire auprès de la vedette. Josette a un atout majeur vis-à-vis de Clo-Clo, la sœur de l’artiste se prénomme également Josette. Cela favorise les contacts.

Le 20 février 1963, elle enregistre un 45 tours à deux titres chez Pathé Marconi : L’amour qui ne vient pas face A et C’est pour toi que je viens face B. Pour ce disque, elle prend un nom à consonance américaine : Josette Marty. C’est un moment important dans sa vie. Deux jours auparavant, elle envoyait une lettre à son amie Jocelyne de Trégunc, pour lui annoncer qu’elle viendrait passer deux mois de vacances au pays. Dans ce courrier elle se disait anxieuse pour l’enregistrement de son premier disque.



Durant l'été 1963, le juke-box du Café des sports d’Édouard Sellin, son cousin, passe en boucle les deux chansons de Josette Martin. Avec ses copines tréguncoises elle fréquente la plage de Pouldohan et le bar des voiliers, repaire des stagiaires de l’école de voile du centre nautique.

Claude François à Concarneau


Le 17 juillet 1964, c’est la consécration. Le concert de Claude François se déroule au Petit Château en Ville Close à Concarneau. Son plan d’attaque est organisé. Ce soir-là, Josette ne quittera plus l’idole. Il fait très beau, le concert se déroule avec frénésie.

Claude François sur l'insistance de Robert Sellin, organisateur de cette soirée, dira un bien fou du temps breton. Clo-Clo interprète tous ses succès de cette année-là : marche tout droit, pauvre petite fille riche, si j’avais un marteau, j’y pense et puis j’oublie, la ferme du bonheur... Josette est aux anges, car Claude François l'a invitée au restaurant après ce spectacle. Pour échapper à la foule et aux fans Clo-Clo est transféré en car de police, le panier à salade, de la Ville Close au restaurant. Le repas de fruits de mer est servi à la Taverne de Léon Vatin, le seul restaurateur de Concarneau à posséder un Pomerol 1949 exigé par le chanteur, caprice de star ou remède de vigneron pour améliorer la voix ! Il est tôt le matin, le rêve de Josette se réalise.

Claude François, au volant de sa Triumph bleue à deux places, la reconduira vers la maison de vacances où réside la jeune fille. Désormais, c’est à l'entrée des artistes qu’elle pointera et qu'elle deviendra rapidement habilleuse et secrétaire de Claude François. Mais Claude François est un perfectionniste et les conflits pour une chemise mal repassée se terminent souvent en crise de nerf.
Josette Martin est une ardente groupie du fan-club, elle tiendra son rôle auprès de l’artiste pendant 15 ans.



Claude François décède accidentellement le 11 mars 1978 à 39 ans, Josette sera inconsolable. Elle continuera néanmoins son activité auprès du fan-club de la star.

Le 11 février 1994, Josette est renversée par une voiture et décède tragiquement à l’âge de 47 ans. Selon sa volonté, ses cendres ont été dispersées sur la tombe de Claude François à Dannemois, près du moulin acquis et rénové par l’artiste.

C’est pour toi que je viens est l'unique album de Josette Martin.

Maurice Tanguy

Sources:
• Documents de Jocelyne Floch, de Jacques Sellin (pod bihan Phine-Janny) et Robert Sellin
• La revue Ici Paris du 3 mars 1994
• Livre“ L’envers du décor“ de Josette Martin Edition Carrère - Michel Lafon



Aucun commentaire: