lundi 8 septembre 2014

Torpillage de la Marine française le 3 juillet 1940


A Mers-El-Kébir (port militaire d'Oran en Algérie), 1297 marins sont morts ou ont disparu les 3 et 6 juillet 1940 à la suite de l'attaque de l'escadre anglaise de l'Amiral James Somerville.

Après l'appel du Général de Gaulle du 18 juin 1940, la consigne de l'État-major français est de rejoindre l'Angleterre, ce que font la plupart des navires et bateaux situés sur les côtes de la Manche.

L'attaque britannique du 3 juillet 1940

Les navires arrivés outre-Manche sont réquisitionnés par les Britanniques, mais, les navires situés en Méditerrannée, n'ayant pas pu rejoindre l'Angleterre, sont torpillés par les anglais qui craignent  de les voir passer à l'ennemi. A l'époque, le chef de la marine française n'est autre que le l'amiral Darlan, ministre de la marine et chef d'état-major du gouvernement de Vichy : le général de Gaulle et Churchill s'en inquiètent. Le vice-amiral Gensoul, commandant de l'escadre française à Mers-el-Kébir, refuse l'ultimatum anglais de se rallier aux forces britanniques ou de se saborder. C'est donc la Royal Navy qui fera le sale travail.

Le cuirassé La Bretagne

La flotte française et les Tréguncois à Mers-El-Kébir

Une bonne partie de la flotte française de l'Atlantique est basée dans le port algérien de Mers-el-Kebir (près d'Oran). A la fin du mois de juin 1940, on y trouve deux croiseurs de bataille, un porte-hydravions, six destroyers (dont le plus rapide du monde pouvant atteindre la vitesse de 45 nœuds), dix contre-torpilleurs et torpilleurs, quatre sous-marins, des escorteurs et des navires auxiliaires, dont le croiseur auxiliaire Colombie.
Le cuirassé Dunkerque a été lancé à Brest en octobre 1935. C'est un navire impressionnant de 214 mètres de long, 30 de large et d'une puissance de 100 000 cv. Il porte la marque du chef de l'escadre, le vice-amiral Gensoul. A bord de ce navire, Joseph Flatrès de Pont-Kerbrat, 32 ans, est matelot sans spécialité. Il est tué comme 210 autres marins embarqués.

Le cuirassé La Bretagne a été construit à l'arsenal de Brest en 1916.  Sa puissance a été portée de 30 000 à 46 000 cv lors de sa refonte de 1931 à 1933.

Le 3 juillet 1940, le cuirassé, sous les ordres du capitaine de vaisseau Le Pivain, est pris dans la nasse de Mers-El-Kébir sous le feu de l'escadre anglaise. A 17 h 59 il reçoit quatre obus de 380 et chavire, entraînant dans la mort 997 hommes dont plusieurs Bretons. Compte tenu de la soudaineté de l'attaque, plusieurs marins ne peuvent échapper au bombardement anglais. Deux  marins de Trégunc seront tués :
• Pierre Montfort, 32 ans, de Pendruc,  matelot sans spécialité,
• Henri Morvan, 23 ans, natif de Lanriec habitant au bourg de Trégunc, matelot-gabier (matelot à la manœuvre).

Un marin de Trégunc a pu échapper à la mort, il était embarqué sur le croiseur-auxiliaire Colombie : il s'agit de Joseph Rioual, dit Jos Tense, né le 11 novembre 1909 à Trégunc. Son père était marin pêcheur et sa mère ouvrière d'usine. Il était l'aîné d'une famille de deux enfants. A 18 ans, il alla travailler à Paris comme chasseur (coursier en livrée) à l'hôtel parisien Terminus Nord, fonction qu'il exerça pendant 10 ans. De 1937 à 1965, il fut embauché comme vérificateur à la Compagnie générale des Eaux à Paris.

En 1965 Jos prit sa retraite et vint s'installer à Trégunc, sa ville natale. Pendant deux ans, il a été docker, puis, livreur du journal Le Télégramme sur la commune de Trégunc pendant huit ans .

En septembre 1939 Jos a été rappelé sous les drapeaux, comme la plupart de nos jeunes citoyens. D'abord embarqué sur le croiseur Mexique, puis en janvier 1940, sur le paquebot Colombie transformé en croiseur.
Le 3 juillet 1940, jour de l'attaque des Anglais, le Colombie était basé au port d'Oran et Jos a assisté impuissant à la destruction de la flotte française. Après une telle épreuve au feu, Jos a néanmoins gardé sa bonne humeur communicative. Il mourut à Trégunc le 11 février 2011 à l'âge de 101 ans. Il était le doyen de la commune.

Après l'attaque anglaise, La Bretagne s'enfonce par l'arrière

A Mers-El-Kébir, aucun mort n'est à déplorer sur le torpilleur Bordelais. Le Tréguncois Yvon Bourhis* maître mécanicien âgé de 35 ans, se trouve à bord depuis le 16 novembre 1938. Ce torpilleur commandé par le capitaine de frégate Senes résiste à l'escadre anglaise. A ce titre, le 11 octobre 1940, Yvon obtient la Croix de guerre 1939-40 avec étoile en argent et est cité à l'ordre de la division pour très belle conduite au feu au cours du combat de Mers-El-Kébir contre la flotte britannique le 3 juillet 1940. Le vice-amiral d'escadre Gensoul, commandant en chef de la flotte de l'Atlantique, signe cet ordre. Yvon Bourhis met fin à sa carrière militaire le 16 octobre 1940 après 19 années passées au service de la Marine nationale.

Maurice Tanguy


Lexique de la marine militaire
Cuirassé : navire de guerre construit en tôle blindée, équipé d'artillerie de gros calibre.
Croiseur : un navire de guerre rapide, très armé, chargé de la protection des autres navires de l'armada.
Contre-torpilleur : destroyer en anglais, navire équipé de moyens de lutte anti-sous-marine et anti-aérienne et conçu  pour combattre les torpilleurs.
Torpilleur : navire de guerre rapide capable de lancer des petits sous-marins automoteurs chargés d'explosifs.

Sources
• Service historique de la Défense à Brest pour le navire Bretagne
• Association des anciens marins et des familles des victimes de Mers-El-Kébir
• Articles du Télégramme du 20/5/12
• Les documents personnels de Madeleine Hélias

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