mardi 8 avril 2014

Louis NIVEZ, Résistant tréguncois

Louis Nivez
Louis (Pierre) Nivez est né à Trégunc le 6 octobre 1918. à l’école communale, il se distingue en obtenant une subvention remboursable de 400 F, demandée par le directeur et le maire, lui permettant de poursuivre ses études à l’école Livet de Nantes (spécialité modeleur). Avec quatre autres Tréguncois, il sera reçu au concours d’entrée de cette école. à la 2e rentrée scolaire, afin d’aider sa mère au financement de ses études, il est autorisé à se présenter avec 15 jours de retard pour pouvoir participer comme mousse à une marée sur un bateau de pêche. Il avait perdu son père à l’âge de 2 ans. Après 4 ans d’études pour son examen de sortie, il exécute une très belle hélice en bois, toujours conservée par la famille. Pour obtenir le diplôme de fin de cycle, il fallait encore payer 100 F !

à 19 ans Louis Nivez s’engage dans la marine nationale et suit la formation de mécanicien d’aéronautique à Rochefort. Puis il est sélectionné pour suivre les cours de pilote. Il obtient son brevet en 1940.

Il épouse en 1941 au Pradet (Var) Alexia Guillou, une Tréguncoise. A la même époque, il est gardien de but dans l’équipe de football de Trégunc. Démobilisé, il est affecté au Service Économique et obtient un laisser-passer lui permettant de circuler facilement.

En avril 1944 Louis Nivez rejoint le réseau de résistance Hunter des Forces Françaises Combattantes sous le nom de code Louisiane. Il est agent de liaison dans le secteur Quimper– Concarneau.

Un jour, se rendant à vélo à Quimper pour rejoindre Nicolas Caradec (Albert), chef du Réseau B du Finistère, il est arrêté par un Allemand qui réquisitionne les vélos. Il parlemente, montre son laisser-passer et réussit à le convaincre qu’il n’a pas d’autre moyen de locomotion pour se rendre à son travail. L’Allemand lui propose de prendre sa vieille bécane en échange d’un vélo neuf. Il explique que son vélo est bien à sa taille et lui convient parfaitement. Il repart, soulagé. De précieux documents étaient cachés dans le guidon de son vélo !

Ausweis en 1944

Le 17 mai 1945 il est décoré de la Croix de Guerre, étoile argent, avec une citation signée par le Général de Gaulle : agent de renseignements agissant en territoire occupé par l’ennemi. A déployé une grande activité et fourni dans des conditions très défectueuses une documentation intéressante sur le système défensif allemand notamment lors de la liquidation des noyaux de résistance dans le sud du département du Finistère. à assuré également son précieux concours aux Forces Françaises de l’Intérieur au cours des combats qu’elles ont livrés dans cette région pour désorganiser l’occupant, faciliter les opérations de débarquement allié et hâter la libération de la Bretagne puis du reste de la France. S’est fait remarquer particulièrement par son chef de secteur pour le courage dont il a donné de nombreuses preuves.

En juin 1945, Louis Nivez rejoint la Base Aéronautique Navale de Lanvéoc Poulmic située dans la presqu’île de Crozon. Puis il s’oriente vers la météorologie, obtient son brevet supérieur de météorologiste et devient instructeur à l’école Navale.

En septembre 1950 son ami le commandant de la frégate Laplace lui demande de l’accompagner à Saint- Malo pour l’inauguration de la grande écluse du port. La frégate quitte Brest le 14 septembre. Le 15 au soir, le bâtiment est au large de Saint-Malo. La mer est mauvaise, le commandant décide de se mettre à l’abri devant Fort-la-Latte dans la baie de Fresnaye... site où il existe encore des mines magnétiques allemandes datant de la dernière guerre.

Vers minuit une violente déflagration a lieu par bâbord arrière. D’autres mines explosent, la frégate gîte par tribord, l’eau s’engouffre, le bâtiment coule. La tragédie aurait duré 12 minutes. Cinquante et un marins sur les quatrevingt douze membres de l’équipage disparaissent. L’épave reste dans la baie, la quille en l’air.

Après enquête il apparaît que la frégate Laplace n’aurait jamais dû mouiller dans cet endroit dont le dragage définitif n’était pas achevé.

Des survivants ont précisé que le maître météorologiste Nivez effectuait, à la suite des premières explosions, les manoeuvres de mise à l’eau d’une chaloupe transportant des blessés. Suite à une nouvelle explosion, la chaloupe a basculé, écrasant le maître Nivez contre les montants qui soutenaient la chaloupe. Son corps n’a pas été retrouvé.

La frégate Laplace

Après cette mission Louis Nivez devait embarquer sur la Jeanne d’Arc pour un tour du monde, avant de rejoindre le Centre de Météorologie. Il avait 32 ans.

Sa veuve élèvera seule leurs 4 enfants qui avaient, en 1950, de 4 à 8 ans. Après avoir passé un concours d’entrée, elle deviendra secrétaire comptable au Commissariat de la Marine à Brest.

Le 22 août 2009, au Mémorial National des marins morts pour la France de la Pointe Saint-Mathieu, un hommage a été rendu à Louis Nivez en présence de sa famille. à l’issue de la cérémonie, la famille a dévoilé la photographie du marin disparu qui figure, désormais, sur l’un des murs des cryptes du cénotaphe (les noms ne figurent pas sous les photos).

Pierre Moutel


Remerciements :
à Jean-Paul Nivez, son fils, pour toutes les informations et les nombreuses copies de documents qu'il a transmises aux Amis du Patrimoine de Trégunc.

Sources
- Jean-Paul Nivez
- le site auxmarins.net/fiche
- le site www.amedenosmarins.fr
- le Télégramme du 25 août 2009


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