jeudi 20 mars 2014

Les maires de Trégunc de 1900 à 1959

Nous avons évoqué  précédemment quelques actions marquantes accomplies par les maires qui se sont succédé à Trégunc depuis 1959. Nous avons aussi dressé la liste des maires qui ont dirigé la commune de Trégunc au 19e siècle en l’émaillant de quelques anecdotes. Pour établir la jonction entre ces deux articles, voici une présentation des mandats des maires qui administrèrent la commune entre 1899 et 1959

Marc QUENTEL, maire de Trégunc de 1899 à 1919

Marc Quentel est né en 1860 à Kervraou dans la ferme dont sa mère était originaire. Son père Marc, cultivateur au bourg, venait de décéder six mois auparavant. En décembre 1899, il devient maire de Trégunc, il sera réélu jusqu’en 1919. Il décède en 1943, à l’âge de 83 ans ; son successeur Jean-Marie Carduner lui rendra un hommage au conseil municipal de cette époque. Un parking du bourg porte son nom.

La ligne de chemin de fer et la gare de Trégunc de 1905 à 1908

En 1905, suite à la décision de 1901 du Conseil Général du Finistère, Marc Quentel participe au projet de la ligne de chemin de fer qui va de Pont-Aven à Concarneau. C’est le prolongement de la ligne qui relie Quimperlé à Pont- Aven. Ce grand projet a nécessité beaucoup de temps parce que les terrains à exproprier sont nombreux. Pour que la ligne soit opérationnelle, il faut construire une gare et réaliser une route à partir du bourg pour y accéder. L’achat des terrains de Concarneau à Névez commence en 1906.
Les commerçants de Trégunc sont mécontents car ils estiment que la gare est vraiment trop petite pour l’importance de la commune.
Déception également pour les habitants de Saint-Philibert et de Trévignon. Le Maire Marc Quentel s’oppose au passage de la ligne par Saint-Philibert, sans doute, pour ne pas augmenter la durée du trajet de ce tortillard, qui met 1 h 45 pour aller de Quimperlé à Concarneau, et 25 minutes de Trégunc à Concarneau. Dans son livre, Robert Sellin met en avant le côté électoraliste de la décision.
Le dimanche 14 juin 1908, la gare est enfin ouverte et la ligne de chemin de fer se prolonge jusqu’à Concarneau, après bien des péripéties. C’est un désenclavement pour la commune de Trégunc et le commerce va se développer avec Concarneau et les autres communes desservies. à cette époque le réseau routier était peu performant.

Danses dans la rue de Saint-Philibert
Édouard Martin (1906)

Loi de 1905 : l’église, les chapelles et le presbytère

Avec la loi de la séparation de l’église et de l’état, le patrimoine religieux de Trégunc devient propriété de la commune. L’église du bourg, les chapelles de Saint- Philibert, Kerven et Sainte-Élisabeth, leurs trésors, ainsi que le presbytère et son jardin, sont désormais gérés par la municipalité.
En 1907, un bail concernant le presbytère est signé entre le Maire et Yves Grall, recteur de Trégunc à cette époque. Les soeurs de la communauté du Saint-Esprit sont également autorisées à entretenir l’école confessionnelle. Certaines soeurs sont infirmières.

La guerre 1914-1918

Pendant cette période dramatique, il y aura peu de réalisations dans la commune. Le Maire gère les affaires quotidiennes. La commune panse les blessures et les souffrances des soldats revenus de guerre. Elle honore les 192 morts recensés. Le projet du monument aux morts est décidé. Il ne sera réalisé qu’en 1920 par le successeur de Marc Quentel à la mairie.

Le monument aux morts
à côté de l'église

Autres travaux réalisés pendant les mandats de Marc Quentel

• les chemins ruraux du bourg à Melgven, de Kermarc’h à Sainte-Élisabeth, du bourg à Pouldohan, de Kerhallon, de Lanénos au Cosquer ;
• le bureau de poste télégraphique et téléphonique de la place de l’église avec un facteur-receveur ;
• l’agrandissement de l’école de Saint- Philibert, la nomination de plusieurs instituteurs, la réalisation de dortoirs à l’école des garçons, la création d’une école enfantine à l’école des filles du bourg ;
• l’agrandissement du cimetière du bourg, l’achat du corbillard et la construction de son abri ;
• le brise-lame de Trévignon ;
• une taxe sur les chiens : chien de garde 5 francs et chien de chasse 10 francs (en l’absence de déclaration entre le 15/12/1919 et le 1/01/1920 la taxe sera doublée et triplée en cas de récidive).

Jean-Marie CARDUNER , Maire de Trégunc de 1919 à 1945

Jean-Marie Carduner
en 1945
Jean-Marie Carduner a été élu conseiller municipal en 1904. Il a été plusieurs fois élu deuxième adjoint du Maire Marc Quentel de 1908 à 1919, avant de réaliser cinq mandats en tant que Maire de Trégunc. Il est né en 1874 dans la ferme de Kerouiny où il a pris la succession de son père François. Pendant 41 ans, il a participé activement à la vie publique et politique de la commune. Il décéda le 21 novembre 1948, Michel Naviner, le nouveau maire, lui rendit un hommage émouvant au nom de la commune.

Électrification de la Commune

En 1925, l’étude de l’électrification de la Commune est réalisée, un contrat de fourniture électrique est signé avec la Compagnie Le Bon. Dès 1932, Jean-Marie Carduner aborde le vaste chantier de l’électrification de Trégunc et de ses nombreux hameaux. Cette opération d’un montant de 2 882 000 F sera réalisée en plusieurs tranches et durera une dizaine d’années. Jean-Marie Carduner mobilisa toute son énergie pour assurer le financement de ce projet.

Les écoles publiques

Plusieurs projets concernant les écoles publiques ont été décidés le 15 février 1920 :
• l’agrandissement de l’école publique des garçons, avec des dortoirs (55 500 francs) ;
• la construction de 2 nouvelles classes à Saint-Philibert ;
• la création d’une nouvelle classe à l’école des filles qui comptait 130 élèves en 1919.
Le projet de construction d’une nouvelle école publique des filles à proximité de la gare (505 000 francs) sera décidé en août 1927.
En 1936, le projet d’une nouvelle école des garçons rue de Concarneau est décidé avec 10 classes, 8 logements d’instituteurs, un réfectoire de 130 places et un pensionnat de 80 lits pour un coût de 2 941 000 francs.
Ces deux bâtiments, rénovés depuis, existent encore aujourd’hui. Jean-Marie Carduner mettra également en oeuvre la création d’un cours ménager à l’école des filles, un cours d’enseignement nautique à l’école de Saint-Philibert et la création d’une école enfantine à l’école de Saint-Philibert.

L'école communale des filles

Projet d’une nouvelle mairie et de la poste

En 1932, le projet de construction d’une Mairie, d’un bureau de poste et d’une place publique, à la place du presbytère et de son jardin, est présenté au conseil municipal après le départ de Yves Grall, recteur de la paroisse jusqu’en 1932. Les oppositions sont nombreuses et d’ordre juridique puisque Yves Grall en retraite à Landerneau attaque la mairie afin d’éviter l’expulsion des prêtres qui lui ont succédé. En 1941 ce projet est repris, un devis est établi. Mais, compte tenu de la période de guerre, il est également abandonné. Finalement, c’est le maire Auguste Picart, élu en 1959, qui fera aboutir ce projet.

Les routes

Beaucoup de chemins ruraux ont été construits ou rénovés pendant son long mandat de 26 ans, avec un sentiment d’inachevé puisque les chemins de Saint- Philibert à Névez et du Bourg à Névez par la voie de chemin de fer déclassée en1937, ne seront réalisés que plus tard par le Maire suivant, Michel Naviner. Les principaux chemins ruraux réalisés par Jean-Marie Carduner sont de Kerouini à Kerlosquen, de Kerveil à Croissant- Bouillet, de Brézéran au Rest, du bourg à Poulhoas, ensuite de Poulhoas à Stang Vez, de Tréméou à Trégonal, le chemin de Tréhubert, de Kerlary, de Trévignon à Stang-Dour, de Trévignon à Penloc’h, de Kerouannec à Kerstrat, de Kériquel à Névez, le chemin de Keradroc’h. Le classement en chemin vicinal des 11 km de Trévignon à Melgven.

La période d’occupation de Trégunc de 1941 à 1944

Jean-Marie Carduner a réalisé un important travail de modernisation de la commune de Trégunc mais, dès mai 1941, le régime de Pétain va progressivement l’écarter des décisions et de sa fonction de maire. Depuis cette date, il n’y plus d’élection municipale, les maires des communes de 2 000 à 10 000 habitants sont nommés par le préfet, lequel est sous tutelle du gouvernement de Vichy. André Normand a été désigné premier adjoint, il signera les documents réservés au maire. Jean-Marie Carduner démissionne lors du conseil municipal du 21 mars 1943, il sera remplacé par André Normand le 22 août 1943, jusqu’au 11 juin 1944, quelques jours avant la libération de Trégunc le 8 août 1944. André Normand sera reconnu collaborationniste à la libération, emprisonné et libéré en février 1945. Le conseil municipal condamne par 16 voix sur 18 cette libération. Jean-Marie Carduner retrouve officiellement son fauteuil de Maire le 18 octobre 1944, par décret du Préfet de la libération. C’est une période douloureuse de notre histoire locale.

Autres travaux réalisés sous ses mandats

• deux pyramides avec feux permanents à Trévignon et à Pouldohan (projet de 1914 réalisé en 1921) ;
• agrandissement de la mairie rue de Pont-Aven en 1921 ;
• construction des lavoirs de Roudouïc en 1923, Kergleuhan et la fontaine communale de Ster Laë en 1927 et Kersaux en 1934 ;
• déroctage du port de Trévignon et prolongation du brise-lame de 150 mètres en 1931 (2 800 000 francs).
• création de la musique municipale en 1929 ;
• travaux à l’église du bourg : la foudre a détérioré le paratonnerre du clocher le 25 février 1935 ;
• en 1935, projet de l’alimentation en eau courante dans la commune (sera réalisé par Michel Naviner en 1954) ;
• achat du terrain de sports des scolaires et de Trégunc-Sport en 1943, pour la somme de 315 000 francs.

Michel NAVINER , Maire de Trégunc de 1945 à 1959

Le 17 mai 1945, Michel Naviner est élu Maire de Trégunc. Il a la lourde tâche de remettre la commune sur les rails après ces années difficiles de guerre et la période de collaboration municipale de 1943 à 1944.

Michel Naviner dans son bureau de la rue de Pont-Aven

Les lavoirs

De 1946 à 1956, Michel Naviner lance la construction de plusieurs lavoirs dans les villages de Trégunc : Pont-Kerbrat, Lambell, Trévignon, Kergunus, Kersaux, Roudouïc, Pouldohan, Kersidan et Kerstrat, qui s’ajoutent aux lavoirs existants.
Le lavoir, c'est un lieu de rencontre et de convivialité, ce sont aussi les termes qui caractérisent le mieux Michel Naviner. Des lavoirs à l'image de celui de Saint- Philibert au pied de la chapelle, et proche de la pittoresque fontaine, où les femmes menaient la brouette équipée d'une roue en bois cerclée de fer. Cette brouette était lourdement chargée : la caisse en bois et son coussin de protection, la lessiveuse et le cube de colorant bleu Reckitt pour donner de l'éclat au linge, le savon de Marseille cubique, insaisissable pour les petites mains, la brosse à chiendent et enfin le battoir à main comme celui de la mère Denis dans la publicité de la machine à laver le linge Vedette. Sans oublier le linge bien sûr !
C'était le salon en plein air, où l'on commérait et causait chiffons, où l'on chantait les dernières chansons à la mode telle que Les lavandières du Portugal par Jacqueline François.
Dans les années 1960, le puisatier de Trégunc, Jos Caradec, a fabriqué en complément de son métier de nombreux lavoirs individuels à un compartiment, en béton armé. Ensuite, la machine à laver électrique a fait péricliter tous ces lavoirs.

Les routes

En 1953, Trégunc possède un réseau routier important avec 50 km de chemin vicinaux et 30 km de chemins ruraux. Plusieurs réalisations et réfections de chemins ruraux ont été entreprises par Michel Naviner. Il était nécessaire d'établir un réseau de chemins ruraux praticables afin d'assurer les liaisons entre le bourg et les villages et entre les villages. Le Maire bâtissait ainsi le réseau des chemins. Il était en sorte un créateur d'accès routier, un Roadmaster, par comparaison au Webmaster pour internet.
Combien d’anciens écoliers et écolières qui empruntaient ces chemins boueux lui sont reconnaissants d'avoir transformé toutes ces garennes en routes plus praticables, aujourd'hui dans notre patrimoine :
• l'ancienne ligne de chemin de fer sur 5 km qui deviendra la vicinale 18 reliant le bourg de Trégunc à celui de Névez ;
• la route allant de la croix de Kériquel à la limite de Névez sur 2 km (le service de car reliant Port-Manec'h à Concarneau empruntera cette nouvelle route) ;
• les chemins ruraux de Kerhallon, Coat Min, Kergentrat, Lanvintin, Pendruc, Kermadoué, de Tachen-Pontic à Pont- Prenn, de Kerléo à Trévignon et bien d’autres...
Plus de 30 chemins ont ainsi été remis en état et goudronnés lors des trois mandats de Michel Naviner.

L'adduction d'eau et l'électrification

Le troisième mandat de Michel Naviner débute en 1953 et s'achève en 1959. Il lance avec son conseil municipal le vaste et nécessaire chantier d'alimentation en eau potable de toutes les habitations de Trégunc. Ce projet est évalué à 300 millions de francs (anciens) dont 60 restent à la charge de la commune qui contractera un emprunt. L'électrification de la commune de Trégunc débute en 1934 et s'achève en 1953.
Toutes ces infrastructures existent encore aujourd'hui, améliorées certes, mais Michel Naviner et son équipe municipale ont vraiment modernisé la commune et participé largement à l'amélioration de la vie quotidienne des Tréguncois durant leurs 14 années de mandat. En 1955, Michel Naviner devient Conseiller général et de ce fait soutient les projets de sa commune jusqu'en 1969. De 1959 à 1965, il sera conseiller municipal.

Électrification de Trégunc

Autres travaux réalisés lors de ses trois mandats

En 1954, Michel Naviner permet la mise en chantier des lotissements de Rozengall et de Kersaux. L’extension du bourg de Trégunc débute.
On peut encore citer :
• en 1946, la création du cimetière de Saint-Philibert et le déplacement du calvaire au cimetière ;
• le déroctage du port de Trévignon et l'accès à la cale ;
• la station de sauvetage de Trévignon : l'abri, la cale de lancement, le canot à moteur en remplacement du canot à rames en 1954 ;
• la création d'une classe enfantine à Saint-Philibert pour 60 enfants ;
• la rénovation de l'école publique des filles, détériorée suite à l'occupation allemande ;
• les points d’eau pour la lutte contre les incendies.

Maurice Tanguy

Sources
Délibérations du conseil municipal
Mémoires de Tréguncois - Robert Sellin
Le petit train de Pont-Aven - Annick Fleitour
Documents personnels de Michel naviner

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