samedi 15 février 2014

Le torpillage du MEKNÈS en 1940

Le 24 juillet 1940, 1 320 marins étaient à bord du paquebot le Meknès qui naviguait au sud de Portland en Angleterre pour rejoindre Toulon, alors en zone libre.
Du 13 février 1940 au 18 juin 1940, le chalutier de Concarneau Président Herriot a été réquisitionné, et Yvon Tanguy1 de Trégunc était embarqué comme matelot, pour effectuer le dragage de mines au Havre. Yvon est né le 3 décembre 1909 à Trobidan en Saint-Philibert. La France a capitulé le 17 juin 1940. Le 18 juin, le chalutier concarnois était à Cherbourg. Son équipage reçut l’ordre de rejoindre Portsmouth et ensuite, le 19 juin, Southampton. Le 3 juillet, le bateau était réquisitionné par les Anglais. Les marins pêcheurs devaient choisir : s’engager ou être rapatriés en zone libre à Toulon. L’équipage du Président Herriot demanda à être rapatrié.
Le paquebot français Meknès fut pressenti pour le rapatriement des marins français. Le Meknès appareilla de Southampton le 24 juillet 1940 avec 1 320 marins français à bord : 102 membres d’équipage, 99 officiers et 1 119 marins en rapatriement en France. Tous étaient mobilisés par la Marine nationale.
Le Meknès naviguait avec ses feux de position allumés et brillamment éclairés, ce qui rendait impossible toute méprise quant à sa nationalité.

Le Meknès (ex Puerto Rico 1913), navire de 130 m au port de St-Nazaire
Vers 22 h 30, alors qu’il se trouvait au sud de Portland à 30 milles des côtes, il fut intercepté par la vedette allemande S-27 Oblit Klug. Le Commandant du Meknès fit alors stopper son navire et signala clairement son nom et sa nationalité. Puis ce fut l’attente d’une explication de la part des Allemands.
Vers 23 heures, en guise de réponse, la vedette allemande ouvrit le feu à la mitrailleuse, puis le Meknès reçut une torpille en plein flanc et coula en dix minutes.
Lors du torpillage du Meknès, il y eut 420 victimes. Les cadavres des marins naufragés furent retrouvés au pied des falaises de l’Île de Wight et de la côte normande sur une centaine de kilomètres entre Dieppe et Le Tréport.
Deux marins tréguncois furent portés disparus. Le 24 juillet 1940, les deux matelots chauffeurs de Trégunc travaillaient en salle des machines, proche de l’impact de la torpille. Ils ne purent accéder ni aux radeaux, ni aux épaves flottantes.
Il s’agissait de :
Yves Guinvarc’h
Né le 23 novembre 1906 à Concarneau, son père, également marin pêcheur, s’était marié en 1902 à Trégunc avec Marie Guernalec. Yves était domicilié au bourg de Trégunc avant son embarquement à bord du Meknès.
Louis Quentel
Né le 16 avril 1911 à Trégunc, son père marin pêcheur s’était marié à Trégunc avec Marie-Jeanne Niger. Louis était domicilié à Trévic en Trégunc avant son embarquement à bord du Meknès.

Représentation du torpillage et du naufrage du Meknès le 24 juillet 1940

Parmi les hommes présents à bord du paquebot, près de 900 réussirent à monter sur des radeaux et attendirent toute la nuit avant d’être secourus. Yvon Tanguy était parmi les rescapés. Le lendemain matin, les naufragés furent recueillis par un destroyer anglais et purent débarquer à 13 heures à Weymouth. à16 h 30 ils prirent le train pour le camp d’Arrow. Ils y arrivèrent à 17 heures. Ensuite, ils furent transférés au camp de Trentham dans l’attente d’un prochain rapatriement.

Yvon Tanguy (à gauche au premier plan) et les rescapés du Meknès à Weymouth en 1940 - Photo de la presse anglaise Les rescapés du Meknès au camp de Tentham. Au second rang, assis à droite, Yvon Tanguy
Le 11 novembre 1940, un second départ des marins pour Toulon fut assuré par le navire-hôpital Canada. Yvon Tanguy était à bord. Le 4 décembre 1940, il fut démobilisé.
Malheureusement, un autre naufrage sur le thonier Savorgnan de Brazza de Concarneau lui fut fatal. Ce jour-là, 20 août 1946, Yvon et ses sept hommes d’équipage, dont trois marins de Trégunc, périrent en mer au large de Penmarc’h.
Le 24 Juillet 2010, 70 ans jour pour jour après ce naufrage, une stèle a été inaugurée à Berneval-le-Grand près de Dieppe. Les 420 noms des marins morts ou disparus y sont inscrits. 420 galets représentent ces péris en mer, morts pour la France. Les noms de nos deux Tréguncois y figurent. Ils sont également inscrits sur le monument aux morts de Trégunc.

Maurice Tanguy

Sources
• Association Les oubliés du Meknès
• Documents personnels de l’auteur

¹ NDRL : Yvon Tanguy était le père de Maurice Tanguy, secrétaire de l'association des Amis du Patrimoine de Trégunc.

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