vendredi 23 août 2013

La tournée du pilhaouer

Métiers d'autrefois

Après la guerre de 1939- 1945, dans une carriole tirée par un cheval, un couple de colporteurs, François et Yvonne Riou, visitait les fermes de Trégunc une à deux fois par an afin de faire du troc...
Yvonne et François Riou étaient originaires de Botmeur et de La Feuillée dans les Monts d’Arrée, comme de nombreux autres pilhaouerien (chiffonniers) à cette époque. Ils avaient hérité de la tournée de leurs parents et de leur tante. Les pilhaouerien étaient en général simples journaliers agricoles ou propriétaires d’un petit lopin de terre pauvre qui ne suffisait pas à nourrir la famille. Dès l'automne, ils se faisaient marchands itinérants et partaient sur les chemins pour un mois de vie rude et aventureuse, allant de village en village, de ferme en ferme. Si elle n'accompagnait pas son mari, la femme restait à la maison ou à la ferme. Elle s’occupait de la terre, éduquait les enfants, triait les chiffons...
Les pilhaouerien échangeaient des articles divers (vaisselle, quincaillerie, poterie, verrerie ou mouchoirs) contre chiffons, vieux vêtements, peaux de lapin ou vieux métaux. Les pilhoù (chiffons) n'étaient jamais achetés mais toujours échangés.

A la ferme, les vieux vêtements, entassés dans un sac, étaient pesés à l'aide du krog poueser (peson). Selon le poids des vieilleries, on pouvait prétendre à tels ou tels articles. Puis les chiffonniers reprenaient la route vers une autre ferme. On les reverrait à l'hiver ou au printemps suivants, même s'ils n'étaient pas toujours les bienvenus dans les fermes ou les chaumières.
Certains pilhaouerien étaient considérés avec mépris comme des visiteurs importuns et inquiétants dont on se méfiait. Ils étaient parfois traités comme des voleurs et les portes se fermaient quand on les voyait arriver.
Jusqu'à la dernière guerre mondiale, les pratiques commerciales des pilhaouerien étaient fort répandues dans nos campagnes. C'était un très vieux métier qui connut son apogée au XIXe siècle. Par ces temps difficiles où les récoltes de blé noir ne suffisaient pas, les pilhaouerien se faisaient un revenu d'appoint et échappaient ainsi à la mendicité. Ils venaient jusqu'à la côte où l'on cultivait le lin et le chanvre. L'envie de vivre malgré une nature ingrate a rendu ces hommes et ces femmes industrieux et instruits.
Les chiffons et les résidus de lin ou de chanvre étaient revendus à des grossistes et servaient comme matière première dans les moulins à papier. Le chiffon était une matière noble. Quand le bois a supplanté le chiffon dans la fabrication du papier, de nombreux pilhaouerien sont devenus marchands de toile sur les champs de foire.
Dans les années 1950, Yvonne et François Riou se sont installés définitivement à Névez, dans une maison bordant la route qui mène à Raguénès. Ils ont continué leurs activités en parcourant les communes environnantes. On leur connaissait une facilité d’élocution, aussi bien en français qu’en breton et une ouverture d’esprit qui leur permettaient de discuter de tout et de colporter les nouvelles. Plus tard, dans les années 1960, en fin de carrière, la tournée se faisait en voiture automobile.

Marie Louise SCAËR, Roland PICARD

Sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pilhaouer

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