vendredi 7 juin 2013

Mariage à Trégunc dans les années 30.

La rencontre et la marieuse Catherine dite Santoù (Catherine ‘'Vazhvalanez'')
Catherine Santoù de Névez, vendeuse itinérante, baluchon de chaussons sur le dos, parcourt la campagne, elle connaît tous les jeunes à marier dans les fermes et les penntioù de Trégunc. Catherine est très appréciée de ses clientes, qu'elle visite plusieurs fois par an, et suggère au gré d'une visite, la personne adéquate au maître des lieux, pour une éventuelle union. C'est la "marieuse" (l'entremetteuse, ar vazhvalanez) de Trégunc et de Névez, mais Catherine n'aimait pas qu'on l'appelle ainsi, elle participait seulement aux bonnes relations avec ses clientes, mais en cas de succès, un tablier lui était offert. Catherine Santoù vendait aussi des rubans de coiffes sans broderie pour les "demi-deuils".
Le va banal est le bouquet de genêt (banal) que le jeune homme déposait devant la maison de la jeune fille pour l'informer d'une demande en mariage. Ce n'est que par la suite, que le va banal est devenu synonyme de marieuse.
La rencontre se faisait également au pardon de Saint-Marc (pardon Sant Mark) au bourg de Trégunc ou à celui de Saint-Philibert (pardon Sant Filberzh). Lors de ces pardons, il y avait traditionnellement les trois manèges fréquentés par les jeunes : la chenille, le casse-gueule et plus tard les autos-tamponneuses. Les loteries étaient également bien représentées à ces fêtes.

Les conditions de l'union
C'est ainsi que le samedi 19 mai 1935, le nouveau marié, (Paotr Nev), Pod Youenn Baradoz (Fils de Yves du Paradis), marin-pêcheur, épouse à Trégunc la nouvelle mariée (Plarc'h Nev), Marjann Pouldorn (Marie-Jeanne de Pouldohan) cultivatrice et fille de Yann Pouldorn (Jean de Pouldohan) . Le mariage civil sera célébré à la Mairie de Trégunc par le Maire Jean-Marie Carduner et la messe de mariage sera dite par le Recteur (‘n Aotrou Person) de la paroisse, Clet Arhan, en l'église du bourg, ( très important : la mariée dépend de l'église Saint-Marc). Aujourd'hui on se marie dans n'importe quelle église ou chapelle de la paroisse.
Trois semaines auparavant, les bans seront publiés à la Mairie, et le Notaire de Trégunc Guillaume Pascoët établira un contrat de mariage, en présence de témoins respectables de la commune : Jean-Marie Burel, négociant en vins et François Michelet, forgeron. Marjann possède quelques biens de la part de son père, et le père de Youenn, versera une dot de 10 000 F.
Désormais, les préparatifs du mariage peuvent commencer.

Les costumes
Dans les années 30, le costume breton pour les femmes était de rigueur dans les mariages à Trégunc.  Pour la photo, les hommes étaient têtes nues, sauf les marins qui portaient encore la casquette. Marjann, la mariée est habillée en costume blanc avec dentelles et brodée de fleurs, (ce costume sera teint en noir après la cérémonie), la coiffe de Trégunc bien amidonnée, avec les plis ondulés, réalisés avec de la paille sélectionnée, et repassée au fer à charbon de bois par Francine Nerriec de Pont-Prenn. Toutes les femmes de cette époque portaient la coiffe, celle-ci disparaît des mariages dans les années 50. Youenn, le marié, est habillé d'un costume taillé sur mesure, par le tailleur d'habits Louis Le Beux (Louis Chemener) de la rue de Concarneau au bourg et d'un nœud papillon.

Fers à repasser chauffés au charbon de bois vers 1930

Le mariage à la Mairie
Le mariage (dimezin) à Trégunc se déroule le samedi.  A partir de 9 heures du matin, les invités du marié se retrouvent chez Youenn pour prendre le café (cafed Paotr Nev) : " banig traoù dous, tammig feinn, bara dous" (une petite goutte de douceur-St Raphaël, Dubonnet ou Martini par exemple, un petit morceau de gâteau breton, du pain doux). Ensuite le cortège du marié se dirige vers la maison de Marjann, la mariée, pour prendre le café de la mariée (cafed Plarc'h Nev), tous, sont à nouveau invités au " banig traoù dous, etc…". Au complet, les invités de la noce se dirigent maintenant en cortège vers la mairie, pour le mariage civil (eured maerdi), les chevaux enrubannés, tirent le char à banc des nouveaux mariés, il est environ 10h30.

Le mariage à l'église et la photo
Après la mairie, en cortège, tous se rendent à l'église, pour le mariage religieux (Eured Iliz). C'est la messe de Mariage de 11 h (oferenn ‘n Eured Unnek-Eur).

A la sortie de l'église vers midi, les cloches sonnent un temps plus ou moins long suivant la recette obtenue par les enfants de chœur. Les invités s'installent sur les marches du perron de l'église, les cloches doivent sonner tout le temps de la mise au point de la photo de groupe (poltred bodad) par le photographe Glémarec de la rue de Pont-Aven. Si les cloches s'arrêtent avant que la photo ne soit prise, le père du marié, déposera dans le gousset des enfants-de-chœur une discrète pièce de monnaie qui permettra de faire entendre à nouveau le son des cloches.


Les nouveaux mariés (Tud Nev), le garçon d'honneur (Kunduer) et la fille d'honneur (Kunduerez) se rendent ensuite chez le photographe Glémarec, rue de Pont-Aven. Les photos des nouveaux mariés (poltredoù ‘n Tud Nev) seront prises en studio devant un éternel décor.
Pendant ce temps, le garçon d'honneur prépare la grande tournée des cafés du Bourg (tro vras taornioù vorc'h), il fait la quête auprès des vaillants invités, pour constituer la masse, sorte de caisse commune, afin de régler les tournées dans chaque bistrot où le cortège fait halte. Quant aux femmes elles font un tour, ou pour les plus âgées une promenade au cimetière (Drôad bale da Vered).

 Les mariés et les invités, toujours en cortège, Yvon Marrec et son accordéon en tête,
se dirigent vers la salle du banquet, rue de Concarneau. 

Le repas de noce
Dans les années 1930, il y avait deux repas, l'un vers 14 h, le dîner de noces (Merenn Fest ‘n Eured), après les séances de photos, l'autre le soir avant le bal de noce.  Dans les années 1950, il n'y plus qu'un seul repas à partir de 16 h, mais plus copieux. Avant 16 h, l'heure du début du banquet, certains invités, les plus jeunes et les plus téméraires se retrouvent au dancing à Concarneau : le Phare, la Bigorne, les Korrigans. Une noce (n'eured) peut avoir plusieurs centaines d'invités mais, chacun paie son repas au patron de la salle de banquet. Les invités n'offrent pas de cadeau aux mariés.
Au menu d'une noce de Trégunc il y a traditionnellement : une soupe, un jambon macédoine, une langue de bœuf, un rôti de veau accompagné de petits pois, café, gâteau et vin à volonté, et une petite goutte d'alcool à la fin du repas (la-goud pour les hommes et Marie-Brizard pour les femmes). Il faut toujours prévoir un mouchoir pour envelopper le gâteau breton pour ceux qui sont restés à la maison ou à la ferme.  En fin de repas, vers les années 1950, il y a la traditionnelle cérémonie de la mise aux enchères de la jarretière de la mariée, jarretière en principe réservée au garçon d'honneur. Le repas de noce s'achève vers 20 h, dans l'euphorie générale.

Menu en 1960 chez "Gasche" 

Le bal de noce
Vers 20 h c'est l'entrée de bal des mariés et des invités avec une valse, ensuite on enchaîne avec un paso-doble, une java, un tango et plus tard dans les années 60 avec le slow, le twist, le madison et le hula hoop.
Mais vers 21h tous les jeunes de Trégunc, en véritables cohortes, s'invitent au bal de noce, envahissent la salle de danse en marchant souvent sur les pieds des invités. Quand le mariage se déroule chez Yvon Marrec, c'est Yvon avec son accordéon qui anime la soirée, et les notes de musique ne sont pas toujours respectées. Dans une autre salle que celle d'Yvon Marrec, le bal est animé par un orchestre dont au moins un musicien possède un accordéon. C'est l'époque des Yvette Horner, Verchuren, Aimable avec Georgette Plana et la célèbre valse Le dénicheur ou Les amants de Saint-Jean, de Louis Corchia et plus tard son fils, Primo Corchia. Dans les années 60, Jo D'Jégado de Quimperlé, Gérard'Jo et ensuite Daniel Fabry et son orchestre (Daniel Cozic de Kroazhent-Bouilhenn) animent de nombreux bals de noce à Trégunc. Les danses et la musique sont diversement appréciées par les invités les plus âgés, c'est la mode du yéyé, mais restent néanmoins un spectacle pour les plus anciens.

Orchestre Daniel Fabry


Il y a plusieurs salles de bal de Trégunc : chez Drouglazet (Gasche), Marrec au bourg et chez Cras à Saint-Philibert, la salle de bal est à l'étage. Cette situation n'est pas sans poser quelques problèmes en fin de nuit, la fatigue mêlée à l'émotion se faisant sentir, la montée des marches devient parfois ardue…la descente étant bien entendu plus aisée, rapide, voire même parfois précipitée !... Le bal s'achève vers 1 h du matin, certains sont bien éméchés (lichet* mad) et d'autres sont complètement saouls (mezv dall ou mezy dall). A cette époque il n'y avait pas de contrôle d'alcoolémie, les chars à banc étaient de sortie, et parfois la brouette pour les plus proches de leur domicile.

Le retour de noce
Le dimanche c'est le retour de noce dans la même salle de banquet. On remet le couvert et l'ambiance est également au rendez-vous. Le repas est convivial mais plus léger, les restes de la veille, bien sûr, pas de gâchis, et ensuite si nécessaire du pain avec du pâté (bara gant formaj), des crêpes (krampouezh), quelques coups de vin rouge ou de blanc (pennad gwin ruz pe gwenn) et en fin de repas, pour les hommes, du café avec de l'eau-de-vie (kafed la-goud), et pour les femmes un café au lait entier (cafed Laezh koaven ha tout).


Maurice Tanguy, Marie Louise Scaër 
Avec les concours de Yves Dervout pour les termes et expressions locales en breton.

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