samedi 18 mai 2013

Bientôt le Pardon. Souvenir d'un cœur en fête

En ce début de printemps d'après-guerre, il flotte comme un léger parfum de lilas : c'est le pardon à Trégunc, le pardon de Saint-Marc, le temps où fleurit le lilas ( bouquidi San Marc en breton).
Les forains ont rangé leur roulotte peinte en vert le long du vieux mur du presbytère. Sous la roulotte un chien et quelques poules, deux ou trois marches mènent à un petit balcon, une porte entr'ouverte que je ne franchis pas, et c'est tout un mystère.

Ma tante Ninie (Mélanie) tricote à la machine des bas de laine, des combinaisons avec ou sans manche pour les dames, des pulls au col roulé pour les hommes de la campagne et les marins pêcheurs ; et tous les ans, au moment du pardon, elle livre une commande aux forains (particulièrement à la famille « Goin » ). Je me fais donc un plaisir de porter cette commande à la roulotte, en retour me sont offerts quelques tickets de manèges, quel bonheur !!

Certains enfants vont à la chasse aux escargots, les forains en sont friands, d'autres sont allés aux berniques !Aussitôt la classe terminée, les enfants accourent jusqu'à la place, le spectacle de rue est là. Les ouvriers forains s'affairent, ils installent les manèges : chenille, autos tapons, casse gueules, chevaux de bois. Les enfants observent cette animation inhabituelle (surtout en ce temps d'après guerre).

Viviane, enfant du bourg, bien plus vive que nous enfants de la campagne, déambule sur sa bicyclette bleue. On sort d'un long hiver, d'une période difficile que fut la guerre et tout d'un coup le printemps et la fête amènent une légèreté du corps et de l'esprit.
On veut jouir de l'instant présent car les distractions sont rares. Place donc à la fête et à l'élégance de l'époque !!

Le pardon de Saint-Marc est le signal de la mue de printemps et donc de la sortie des tenues légères. Les jeunes filles ont chaussé leurs sandales légères et enfilé leurs socquettes blanches : c'est la mode de l'époque. Elles ont ressorti leurs robes fleuries à manches courtes, robes confectionnées par nos couturières, nos maisons de Haute Couture, et puis une nouveauté, le sac en bandoulière, nouvellement appelé sac à l'épaule, fabriqué encore par nos couturières : tissu cousu sur un bâti de toile ou de carton. C'était notre prêt à porter, elles avaient du talent nos couturières.

Et maintenant place à la fête après les offices religieux (messes et vêpres).
Les jeunes se ruent dans les chenilles. On se bouscule au risque de glisser sous les roues du manège, il faut attendre un autre tour. Une espèce de sirène rauque annonce le départ et l'arrêt des voitures. Avec beaucoup d'agilité, les ouvriers forains sautent d'une voiture à l'autre, afin de relever les tickets et puis, moment d'émotion : la toile de la chenille s'abaisse et dans l'obscurité on se réjouit de voir les amoureux s'embrasser.

Ma préférence va à la chenille, j'ai le vertige dans les casse-gueules et les chocs brutaux de autos-tampons ne me conviennent guère. Les chevaux de bois étaient encore les vrais chevaux de bois d'antan, point de voitures et de motos rutilantes des temps modernes, mais des chevaux, des moutons et des cochons de nos campagnes.

On s'essaie aux loteries, j'y ai gagné un Polichinel moitié jaune, moitié vert, quelle joie ! Car les jouets étaient rares, mais notre esprit créatif fabriquait des poupées chiffons. On cueillait aussi des poupées de maïs (épis) aux belles chevelures blondes et rousses.

Et puis il n'y avait pas de Pardon sans Marianne et ses friandises.

Tout a une fin, un peu étourdis par les flonflons de la fête et ce mouvement de la foule, chacun rentre à la maison, sans oublier ceux qui n'ont pu venir, on se doit de leur apporter une petite friandise appelée " Prodec Pardon ". Le Pardon c'était une liberté et une respiration en ces temps difficiles, avec ce léger parfum de lilas qui embaume encore nos souvenirs heureux de l'enfance.

Christiane Cotten.



1 commentaire:

J-Pierre Marzin a dit…

OOOHH que de souvenirs. Merci beaucoup
J-Pierre Marzin