mardi 11 décembre 2012

La disette de l'an II

En 1793/1794 la disette sévit en Bretagne et elle vise principalement les villes.

Concarneau, qui ne dispose pratiquement pas de campagne doit faire appel aux communes rurales voisines, Beuzec, Lanriec et Trégunc, pour se ravitailler en vivres. Cette demande n'est pas bien accueillie par ces trois communes.

Concarneau est alors amené à demander au district de Quimper d'intervenir. Un arrêté de celui-ci du 26 brumaire an II (2 novembre 1793) précise les quantités de grains à livrer par chaque commune.

Le 28 la municipalité de Concarneau en informe les bourgs concernés en précisant :
- « . . . . vous devez sentir combien sont coupables ceux d'entre vous qui préfèrent enfouir les denrées en tout genre, plutôt que de les mettre en circulation et de les apporter dans les villes. De quels genres d'hommes sont peuplées les villes. Aujourd'hui Quimper renferme dans son enceinte vos parents, vos frères, vos enfants . . . . ils manquent comme nous des objets les plus nécessaires à la vie . . . . de quel œil verriez vous les campagnes voisines de ces mêmes villes leur refuser leurs subsistances nécessaires . . . . .

- « Si l'ennemi venait attaquer vos propriétés, enlever votre bétail, incendier vos maisons, déshonorer vos épouses et vos filles, à qui auriez vous recours ? à la garnison de Concarneau qui vient d'être renforcée ; pourquoi donc lui refuser le surplus de vos denrées en payant ?

- « Si vous continuez vous forcerez les villes à se porter à des mesures de rigueur qui répugnent à nos jours. Depuis la loi qui fixe le prix maximum des marchandises de première nécessité vous avez vidé nos magasins et vous ne nous apportez pas vos denrées, citoyens agissons mutuellement avec plus de franchise et de loyauté . . . .
- à qui devons-nous la suppression des dîmes et des droits féodaux ? aux villes et au travail opiniâtre de leurs habitants qui veillent sans cesse à votre défense et bien ce sont eux qui travaillent . . . pour la conservation de vos propriétés, de la santé de vos personnes, de votre bonheur enfin ce sont eux que vous laissez manquer des objets les plus nécessaires . . . ».

Malgré cette lettre, les bourgs ne respectent pas les conditions imposées par le district, aussi la municipalité de Concarneau écrit à celle de Trégunc le 26 floréal an II (15 mai 1794) :
- « votre insouciance à obtempérer à notre demande de réquisition de 50 quintaux de seigle
nous a forcé de porter plainte contre votre mauvaise volonté . . . faut-il vous prescrire à chaque instant vos devoirs . . . . »

Une nouvelle lettre du 29 floréal accuse le maire de Trégunc d'avoir entrepris auprès du district de Quimper des démarches et produit un tableau dont la récapitulation (du nombre d'habitants de Concarneau ?) était fausse.

Il est noté :
- « la hardiesse qu'a employée le maire pour tromper la bonne foi du district .. »
Ce tableau corrigé a permis d'éviter d'enlever « une subsistance si légitimement due à un grand nombre des nôtres ».

La situation se dégrade les jours suivants et le 30 messidor an II (18 juillet 1794) la municipalité de Concarneau intervient une nouvelle fois auprès du district de Quimper :
- « vous nous taxerez d'importuns si vous voulez mais nous sommes à la veille de manquer de grain. Depuis plus de six jours nous n'avons plus un seul grain de seigle. Nous n'avons qu'environ 380 quintaux d'avoine et un peu de froment que nous avons économisés et que nous commençons à distribuer à tout individu n'ayant d'autre grain pour faire le pain. . . nos marins peuvent ils aller en mer et y vivre de la purée d'avoine. . . »,

La municipalité de Concarneau précise :
- « qu'elle usera « des moyens de rigueur envers la commune de Trégunc qui connaît peu ses devoirs et que vous la punissiez . . . . »,
- s'il n'est pas envoyé de seigle « nous vous avisons qu'après demain lundi thermidor nous envoyons garnison à Trégunc ».
Il semble que Concarneau n'a pas mis sa menace à exécution ; mais de nombreux rappels sont adressés à la municipalité de Trégunc
Le 20 thermidor an II (18 mai 1794) :
- « l'insouciance à vous rendre à nos vœux fraternels nous a forcés de nous adresser à l'administration du district . . . . Veuillez donc suivre les dispositions de nous faire passer pour demain sans faute 36 quintaux de grains . . . »

Le 23 fructidor an II (9 septembre 1794), Concarneau rappelle que Trégunc doit envoyer chaque lundi jour du marché 120 quintaux de grains, les 3/4 en froment et le quart en seigle et orge.
- « vous nous avez passé aujourd'hui 20 pochées d'avoine et ce grain n'est pas propre à faire du pain, d'ailleurs c'est une espèce de grain que la République réserve pour les armées, en conséquence nous vous prévenons que nous ne recevrons pas cette espèce de grain pour notre subsistance . . . veuillez à faire remplacer cette avoine par du grain propre à faire du pain et nous vous exhortons à remplir avec plus d'exactitude la réquisition de l'agent du district . . . »

Le 24 fructidor :
- « votre commune devait pour les 2 marchés du 15 et du 22 de ce mois 240 quintaux, n'en a fourni jusqu'à ce moment que 136 . . . .
P.S, n'oubliez pas que lundi prochain 29 du courant encore 120 quintaux de grains de froment, seigle, orge et blé noir ».

Les querelles ville - campagne existent toujours sur différents sujets, mais à la fin du 18ème siècle il s'agissait de survie !

Pierre Moutel « les Amis du Patrimoine » 


Source bibliographique : Archives municipales de Concarneau


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