jeudi 27 décembre 2012

La batterie du fort de Beg ar Gazeg

En 1678, Vauban ordonne d'établir, partout où cela est possible, des corps de garde le long des côtes bretonnes à distance à peu près régulière d'environ 2 lieues (6,5 km) pour pouvoir communiquer à l'aide de signaux en cas de danger ennemi.
Ces corps de garde étaient placés sur les points "saillants" du rivage. La garnison était assurée par les paroissiens des environs (milices garde-côte).

Théoriquement, en cas de guerre (avec l'Angleterre, évidemment,les « désignés » devaient se rendre au poste, mais il y avait souvent des désertions.

En tout état de cause, un corps de garde de type Vauban est déjà en place à Beg ar Gazeg (la Pointe de la Jument) dès cette époque. Il s'agit d'un corps de garde d'observation prévu pour abriter 8 hommes. C'est probablement la petite construction isolée à toit de pierre. Des fanions de différentes couleurs hissés au haut d'un mat servaient de transmission avec le Cap Bellou (Cabellou) et Trévignon.


A la fin du 18ème siècle le site signalé comme corps de garde d'observation, n'est probablement pas armé, alors que Beg-Meil possède 2 canons, Concarneau 8, le Cap Bellou 4 et Trévignon, 3.

La guerre avec l'Angleterre a repris en 1793. Napoléon voit sa flotte française décimée à Trafalgar en 1805. En 1806, il impose le  Blocus Continental pour ruiner l'Angleterre.

Pendant le blocus, la défense des côtes doit être sérieusement renforcée car la croisière anglaise guette les convois allant de Lorient à Brest. Le Vétéran, navire de guerre de 750 hommes, commandé par Jérôme, frère de Napoléon, est obligé de se réfugier à Concarneau. Le navire y restera à l'abri des anglais durant 3 ans.

Beaucoup de caboteurs préfèrent s'arrêter à Concarneau ou Quimper et transborder munitions et vivres par la route à partir de ces ports. Encore faut-il ne pas être pris en chasse par les frégates anglaises embusquées aux Glénan. Beaucoup de bateaux seront pris dans ces parages.


Les anglais menacent l'approvisionnement de Brest.
« Si des bâtiments sortant de Bénodet, sont chassés par l'anglais avec des vents nord-noroît, ils n'ont d'autre ressource que de gagner Trévignon, ou le Cap Bellou avec une route souvent coupée par la chasse anglaise stationnée à fort Cigogne et à Penfret (Glénan), puis gagner le Cap Bellou mais que les vents empêchent de d'atteindre avant l'ennemi qui tient souvent mieux le vent. Ces bâtiments se trouvent ainsi pris sur la côte entre Trévignon et le Cap Bellou. »

A cela, on peut ajouter les chouans qui sont toujours menaçants. On remplace les canons de la batterie de Tudy pour parer une attaque éventuelle des chouans.

Des plaintes de marins arrivent à la direction du Génie de Brest. Ils désirent unanimement une batterie entre Trévignon et le Cap Bellou qui sauverait plusieurs bâtiments et accélérerait la navigation.


« La croisière Anglaise dans la baie de Concarneau empêche le cabotage et rend difficile l'approvisionnement de Brest.
C'est principalement vers les pointes de Trévignon et de la Jument, sur la côte Est de la baye, que les transports sont atteints par l'ennemi. »

Force est de constater par la direction du Génie que l'ensemble de batteries Est de la baie de Concarneau doit être repris, avec la nécessité absolue de réarmer et perfectionner le système de défense que l'on avait conservé depuis Vauban mais tombé en désuétude.

Propositions
Le 25 mars 1807 et le 15 avril 1807, il est proposé de créer une batterie entre Trévignon et le Cap Bellou. La nature fixe la position à la Pointe de la Jument. Elle est éloignée d'une lieue de Trévignon, de fort 3/4 de lieue du Cap Bellou. La Pointe de la Jument a un rivage saillant, bien au centre de la baie près duquel les vaisseaux de guerre peuvent s'approcher et se mettre sous sa protection.

Le directeur des fortifications ainsi que
le capitaine du génie de Brest proposent un terre-plein.


« Nous élèverons un terre plein de 6 m de haut par 30m pour une batterie de 3 pièces de 36, (fort calibre) tant pour être à la hauteur des batteries hautes des frégates anglaises, que pour pouvoir tirer par-dessus le logement des guetteurs de signaux et les 3 rognons (les 3 rochers en bord de mer). Pour obtenir les 3 nouvelles pièces de batterie, on pourrait ôter une pièce à chacune des 3 batteries de Beuzec, de La Croix et du Cap Bellou, car elles se croisent dans un enfoncement. L'épaulement sera couvert en pierres sèches. »
Cout prévu : 1500 francs.

Un corps de garde
« Les corps de garde sur cette côte sont trop petits, s'ils étaient plus grands on établirait des postes d'infanterie qu'on est obligé de cantonner en arrière dans les villages. »

D'où le projet :
- « d'un corps de garde (D) crénelé pouvant héberger la troupe. S'il était, comme nous le pensons, à propos de mettre tous les corps de garde qu'on construira sur la côté à l'abri d'un coup de mains, avec combien plus de raisons, cette disposition dont l'expérience prouve le mérite ne devrait elle pas être appliquée aux batteries avancées et chagrinante pour l'ennemi où les débarquements sont faciles sur ses flancs. Celle de la Pointe de la Jument est de ce nombre.
- Les créneaux permettraient au corps de garde de se défendre avec leurs mousquets. Ce corps de garde crénelé serait couvert de 25 mm de plomb, afin d'être imperméable à l'eau. L'ardoise étant sujette à avaries. »
- « On ne montera sur la plateforme qu'en cas de nécessité, et nous donnerons assez de jour aux quatre croisées percées au dessus des créneaux, grillées en fer et fermées par des châssis à verre et de forts volets. On aménagera des ouvertures pour l'évacuation de la fumée et pour le défendre si le rez-de-chaussée était forcé ».
- « C'est en tirant à travers la porte du corps de garde de Beg Meil que les anglais ont tué dernièrement un soldat et en ont blessé quatre dans la descente qu'ils ont faite tout près de ce poste. »
Aussi,
- « Les créneaux seront fermés intérieurement par des baies tombant à coulisse, les portes seront impénétrables aux balles. »
Cout prévu : 18000francs

Décisions du 5 juin 1807
- La proposition du terre-plein à 1500 francs est acceptée
- La proposition du corps de garde crènelé à 18000 francs est ajournée.
Il faudra « se contenter d'une baraque de 9m par 4m, intérieurs pour 15 hommes, mais compte-tenu de la rareté et la cherté du bois, le corps de garde construit de moellons et mortier d'argile et couvert d'ardoises ne coûterait guère plus cher ». Coût accordé 4000 francs au lieu de 18 000. (la maison actuelle à l'arrière de l'épaulement est peut-être ce corps de garde transformé.)



Au premier plan à gauche, la poudrière, en arrière plan,
à droite, le corps de garde.

- Un budget exceptionnel sera accordé pour un magasin à poudre à murs doubles. Le Général présidant la commission a estimé ce petit bâtiment indispensable. Afin de prévenir les accidents produits par les étincelles que le vent transporte, il recommande bien de disposer ce petit bâtiment et celui du corps de garde, de manière que leur entrée respective soit opposée afin de prévenir tout accident. Coût accordé : 1500 francs.
A ce jour, la poudrière est toujours existante.

« Ainsi La Pointe de la Jument serait au nombre, comme nous le pensons, des batteries chagrinantes pour l'anglais »
- Le directeur des fortifications,
- Le capitaine du génie de Brest

A titre indicatif, de 1803 à 1808, les batteries du secteur ont chacune tiré : Beuzec (la corniche actuelle) : 22 coups, La Croix : 4, Cap Bellou : 137, Trévignon : 46, Beg ar Gazek (en un an seulement) : 46.

Il s'agissait la plupart du temps de tirs d'intimidation, quand les vaisseaux ou péniches ennemis s'approchaient trop près de la côte.

« Cela n'empêchera pas, en 1812, que les trois préposés du fort qui étaient allés mouiller au large de la pointe de la Jument pour pêcher, se fassent aborder par un canot anglais qui leur saisira leur poisson et repartira sans plus de formalité. (à moins qu'il ne s'agisse en fait d'un don volontaire en échange d'un pacte de non-agression réciproque, comme cela se pratiquait parfois). »

André Jary «les Amis du patrimoine »

Sources : Michel Gueguen, Claude de Saint-Pierre, Archives du Génie, Ministère de la Défense.

Le fort de la pointe de la Jument

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