mardi 1 novembre 2011

Et si on faisait parler les cailloux de la colline du Castel…

C'est l'automne, c'est la saison des champignons, ces balades peuvent aussi être l'occasion de glaner quelques cailloux qui, au moment des labours, remontent en surface des champs. Nombre d'entre eux sont des témoignages encore présents des personnes qui ont peuplé notre commune il y a quelques milliers d'années.
En compagnie d'André Jary, nous sommes allés à la rencontre de monsieur Didier Beuze qui réside à la ferme du Castel à Trégunc, il nous a fait part de ses découvertes régulières dans l'un des champs où paissent tranquillement ses vaches. Il nous a ainsi montré une dizaine d'objets en pierres, tous datables de l'époque néolithique (5500-1800 avt JC). Cette période est très importante dans l'évolution des modes de vie de l'homme; culturellement parlant, ce sont nos ancêtres directs, c'est à cette époque que débutent les prémices de notre culture actuelle.

Au néolithique, l'homme se sédentarise, il commence à cultiver la terre et à élever des animaux, il vit en petit groupe organisé. L'homme développe alors des outils en pierre de plus en plus spécialisés, comme ceux présents au Castel. Il commence à fabriquer des céramiques, que l'on retrouve beaucoup plus rarement à la surface des champs car elles sont fragiles et se préservent moins dans les sols.

Monsieur Beuze a ainsi mis au jour une dizaine d'objets : des haches, des percuteurs et des polissoirs. L'observation de ces objets nous fournit des informations sur le mode de vie de l'époque.

Des haches pour défricher et cultiver



Monsieur Beuze a dans sa collection, trois haches comme celle présentée sur la photo, il s'agit de hache servant au défrichage des terrains, certaines d'entre elles servaient à couper les arbres mais d'autres pouvaient être utilisées comme herminette pour cultiver la terre. Elles avaient bien entendu un emmanchement, mais contrairement à la pierre, le manche, certainement en bois d'arbre ou en bois de cerf, s'est décomposé au fil du temps. L'une de ces haches provient du gisement de Plussulien dans les Côtes d'Armor, il s'agit d'un gisement de métadolérite qui a été régulièrement exploité entre 4200 et 2200 avant JC. On retrouve des haches de Plussulien partout dans le nord ouest de la France, mais également en Angleterre ou en Belgique. Elles sont la preuve de l'existence dès cette époque de réseaux commerciaux importants.

Une hache d'apparat



Nous avons également pu voir une très belle hache, plus petite que les précédentes, qui semble être en jadéite; une roche qui n'est présente en France que dans les Alpes. Cette hache n'a pas de réelle fonction en soi, il s'agit plutôt d'un objet de prestige, une hache d'apparat ou une pendeloque, son propriétaire devait être un personnage important dans la communauté. Sa provenance nous montre là encore l'existence de réseaux commerciaux avec le sud de la France.

Nous ne connaissons pas de monnaie pour cette époque, les échanges devaient donc se faire par le troc d'objet ou de nourriture.

Des percuteurs pour fabriquer des outils



Il s'agit de deux quartz ronds mis en forme par les hommes du néolithique pour obtenir un outil adapté, permettant une bonne prise en main. Les traces remarquables à la surface de ces quartzs nous permettent de déterminer leur utilisation. .Il s'agit de percuteurs, c'est-à-dire des outils qui servaient à tailler d'autres pierres comme le silex. On les posait sur la roche à tailler et on frappait dessus avec d'autres matériaux, comme du bois de cerf ou une autre pierre, .qui ont laissé des traces d'impacts. Ces outils en quartz pouvaient, comme l'atteste leur aspect patiné, servir également de lissoir, pour polir les haches par exemple, mais aussi l'os où la céramique.

Des meules pour broyer les aliments



Il s'agit d'un galet qui n'est pas présent normalement dans cet endroit de la commune. On constate une usure qui n'est pas naturelle, il a pris une forme concave à force de frotter d'autres matériaux dessus. Il a pu être utilisé dans la transformation d'aliments comme des céréales, il s'agirait alors d'une meule à va et vient; on y écrase les céréales à l'aide d'un autre caillou afin d'obtenir de la farine. Ce type de galet peut également servir à travailler l'os par exemple.

Que nous révèlent ces objets sur nos ancêtres du Castel ?

L'ensemble de ces objets ont été trouvés dans le même champ, à proximité d'un cours d'eau; un lieu propice à une installation humaine. Une famille ou deux, ont pu commencer à défricher l'endroit, à abattre les arbres, nécessaire au bois de chauffe et de cuisine. A l'aide d'herminette, ils ont alors pu labourer la terre afin d'y semer des céréales. Ces céréales, une fois récoltées, étaient broyées sur des meules pour en retirer la farine nécessaire à la fabrication de galettes ou de bouillies qu'ils cuisinaient dans des céramiques qu'ils fabriquaient eux-mêmes ou qu'ils se procuraient auprès d'autres personnes.

L'alimentation était complétée par la cueillette, comme celle des champignons par exemple, mais surtout par la viande et le lait provenant de leurs troupeaux. La viande était découpée à l'aide d'outils très tranchant en silex. La graisse pouvait servir de combustible pour des lampes ou comme graisse de cuisine. Les peaux étaient nettoyées à l'aide de racloirs en silex, les os étaient transformés pour en faire des outils comme des aiguilles servant à coudre les peaux entre elles afin d'en faire des vêtements.

Cette ou ces familles vivant au Castel étaient en contact avec d'autre groupe, vivant sur la commune ou plus loin sur le territoire. Entre eux, se faisaient des échanges de nourriture ou d'objets. Ainsi, le groupe du Castel illustre bien le mode de vie des hommes au néolithique et le début de l'organisation sociale de notre société.

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Les terres tréguncoises recèlent encore bien d'autres vestiges, plus anciens ou plus récents; à nous de savoir les trouver et les observer pour qu'ils nous révèlent notre passé.

Valérie Le Gall,   "Les Amis du Patrimoine"

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